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Le Théâtre des Trois-Pilats accueillait récemment les élèves de 3e année du conservatoire de théâtre du Grand-Avignon. Cette fois-ci, ils étaient dirigés par Sylvie Boutley, metteuse en scène radicale dans ses choix littéraires et directrice de la salle Roquille, connue des amoureux de textes sans concession.
Comme toujours, Sylvie Boutley se distingue dabord par le choix exigeant des écrivains. Et tant quà faire, pourquoi ne pas élire un des plus grands : Beckett ? Ce qui ne rend pas forcément la tâche aisée aux jeunes élèves de la salle Tomasi. Je suppose quil faut beaucoup de maturité et dexpérience pour gravir la montagne de ces personnages-là. Ce défi implique de la part de Sylvie Boutley un grand respect, une grande confiance, une grande tendresse même envers les apprentis comédiens du conservatoire.
Elle a raison sur toute la ligne, car les élèves de 3e année sont à la hauteur du voyage artistique qui leur est proposé. Ils déploient leurs ailes sur Paroles et musique, Cendres, Solo, Pas, LImage, Fragments de théâtre II, Mal vu mal dit, Berceuse, Le Dépeupleur, Premier amour, Oh les beaux jours, Compagnie, LImpromptu dOhio et LInnommable.
Tous savent laisser suinter le suc sémantique et sonore de la phrase beckettienne. Tous empruntent avec naturel la route vers le royaume réel de lAbsurdie, comme sils en étaient des exilés qui reviennent au pays. Surtout, peut-être, tous ces futurs comédiens font ressortir finement, lair de rien, lhumour immense de lécrivain irlandais. Cette politesse du désespoir, bien connue, et toujours dactualité.
Et puis, de spectacle en spectacle, jaime voir progresser, prendre de lassurance, affûter leurs outils les Julie Tarnat, Benjamin Guillaume, Fabien Crochet et Florian Simon, par exemple. Mais celle qui mimpressionne le plus ce soir-là, cest Emmanuelle Lutgen.