PASSE TON BLOG D’ABORD !
La blogosphère est un monde virtuel qui regroupe l’ensemble des blogs, autrement dit ces pages Internet créées par des particuliers et qui prennent souvent la forme de journaux intimes. Mais que reste-t-il d’intime à ces blogs ? C’est là une des questions posées par la nouvelle création de la Compagnie d’après et son auteur, Adrien de Blanzy. Un travesti légèrement vêtu, armé d’un micro et de son ampli apparaît sur scène, tandis qu’une femme exécute au sol des mouvements saccadés. Au fond, un grand écran montre des images pixélisées, si floues qu'elles pourraient être une vue au microscope de cellules organiques. Bienvenue dans la Blogosphère, ce monde étrange, violemment indécent, fascinant aussi, dans lequel on pénètre guidé par le travesti, cette petite voix digitale qui promet du bonheur en blog.

Comme un fou dans Hyde Park corner, le travesti gesticule, monte sur son ampli, piédestal de fortune, et harangue la foule d’apprentis bloggeurs figurée par la femme qui danse près de lui. Saccadée, impulsive mais encore timide, cette danse va peu à peu, sous les conseils du travesti, devenir chaotique et de plus en plus suggestive. « Mets-toi à l’aise » exhorte le démon du blog, car pour intéresser sur la toile, il faut savoir choquer, montrer plus que de simples émotions quotidiennes : il faut se mettre totalement à nu. La femme, docile, se change en pin-up de pacotille et exécute des ondulations lascives. Mais cela ne suffit toujours pas : pour aller loin dans le classement des blogs les plus visités, il faut aller loin dans la destruction de soi. Passant de la valse au punk, la femme-blog explore toutes les possibilités et expérimente tous les excès avant d’atteindre le sommet de la "blogeoisie", puis de chuter lamentablement et d’abandonner son blog, comme des milliers d’autres auparavant, errant dans l’Internet comme des coquilles vides, des vaisseaux sans équipage.
Chorégraphie en haut débit Inutile de préciser que Blogosphère est critique envers cette nouvelle forme de socialisation virtuelle qu’est le blog. Au travers de la voix du travesti, Adrien de Blanzy donne de cet univers l’image d’un peep-show gigantesque au sein duquel des individus en mal d’amour s’exposent. La séduction du blog, personnalisée par le travesti tient du voyeurisme, voire de la perversion, mais aussi de la tromperie car le blog n’est qu’une caricature de la vie : derrière chaque bloggeur, le moi virtuel est souvent bien éloigné du moi réel.
Dématérialisé en blog, le corps de la femme devient une sorte de pâte à modeler mue par la volonté de se créer une communauté d’amis virtuels, quitte à pousser toujours plus loin dans le trash. La chorégraphie joue sur les thèmes de la vitesse (haut débit), de la prolifération, du synthétique et de la perte progressive d’humanité, comme si le blog dévorait peu à peu le bloggeur.
Un regret subsiste, celui que le texte déjà fortement évocateur et critique d’Adrien de Blanzy soit appuyé comme une redondance par l’ironie continuelle du travesti qui invite tout un chacun à découvrir un monde qu’il semble lui-même juger excessif. La symbiose entre le travesti et la femme est néanmoins parfaite grâce aux performances de l’acteur, Guillaume Durieux et surtout de la danseuse, Marie Rual dont la technique irréprochable oscille entre synthétique et sensualité troublante.
Morgan LE MOULLAC (Paris)
Blogosphère
Texte et mise en scène d’Adrien de Blanzy
Dansé par Marie Rual
Interprété par Guillaume Durieux
Scénographie de Adrien de Blanzy et Isabelle Dolivet
Costumes de Emérantine Vignon
Vidéos de Ixtlan et Eric Heinrich
Lumières de Eric Heinrich
Son de Marc Vincent
Le 16 et 17 octobre à l’espace Confluences, Paris 20e
Le 13 novembre à 20h45 au théâtre de Corbeil-Essonnes
20/22 rue Félicien Rops
Réservations au 0810 400 478