HISTOIRE D'UNE FAMILLE DE BANLIEUE
Marguerite Duras est née dans l’Indochine française en 1914. La pluie d’été est un des textes emblématique de la romancière. La troupe du Théâtre des Treize Vents a présenté une création à partir de cette œuvre au cours du Festival Oktobre. C’est l’histoire d’une famille et surtout de celle d’un enfant, Ernesto qui ne veut plus aller à l’école parce que l’école ne lui apprend que des choses qu’il ne sait pas. Ce projet de théâtre a été entièrement construit par Marguerite Duras autour de «l’intime» et du «spirituel» car Ernesto y fait aussi la découverte de l’inexistence de Dieu. A travers le personnage de cet enfant, le public découvre la vie d’une famille dans son univers, son intimité, ses peurs, la question de l’inceste et l’état fusionnel dans lequel elle cherche une issue possible. Dans cette famille d’immigrés, vivant en banlieue, qui connaît l’isolement, les enfants mettent les principes éducatifs en péril, avec la violence propre à leur âge.
Une rencontre collective
Seulement quatre comédiens sont sur scène. Quelques notes de piano et le bruit de la pluie permettent l’isolement des fragments du texte. Le son est utilisé comme une coupure et la lecture succède ou précède les scènes jouées pour ne jamais perdre le fil, cela sans écorcher l’écriture de Duras. De fait, les voix sont à la fois intérieure et extérieure, la voix off du récit ou celle des personnages. Une partie de La pluie d’été se déroule dans la cuisine, lieu de la réunification familiale, le lieu de l’isolement de la mère, celui des histoires racontées par Ernesto à toute la famille… et celui de la séparation prochaine.
Dans la présentation qui a été faite au public au cours du Festival Oktobre, lequel a cette année pour thème l’adaptation théâtrale du roman, le décor est simple mais surprend le public qui est installé sur des bancs autour d’une immense table. Même si ce dispositif scénique ne rappelle en rien celui de La Pluie d’été d’Eric Vigner présentée au Cloître des Carmes lors du Festival d’Avignon 2006, lequel avait choisi pour espace temporel l’univers pop-rock des années 70, il demande pareillement au public de lever la tête pour voir le jeu des comédiens. Tout débute par la lecture des textes avant que les acteurs ne commencent à incarner les personnages et occuper la table comme espace d’exécution. Les scènes sont jouées par couples : le père et la mère, le frère et la sœur, ou par trio : le père, la mère et l’instituteur.
Dans cette adaptation, où le silence et l’expression des corps font partie de la musicalité de la pièce, les rôles ont été distribués sans tenir compte de l’âge des personnages. Il est vrai qu’un sens plus radical est donné au récit lorsque les comédiens ont l’age des personnages qu’ils interprètent. Cependant, l’évolution des acteurs dans l’espace reste bien appréhendée même si la lumière ne déréalise qu’infimement cette interprétation. Cette dernière a néanmoins conquis le public grâce au jeu à la fois fort, sensible et sobre des comédiens pour une histoire folle, sincère et grave. Fouad Dekker a voulu instaurer une rencontre collective de l’œuvre. Un objectif atteint.
Christelle ZAMORA (Montpellier)
La Pluie d’Eté de Marguerite Duras
Mise en scène de Fouad Dekkiche
Regards extérieurs de Luc Sabot et Christel Touret
Décor, costumes, son, lumières, Équipe du Théâtre des Treize Vents
Avec Fouad Dekkiche, Isabelle Fürst, de la troupe des Treize Vents et Eléonor Baly, Dominique Ratonnat.
Du 18/10/2007 au 20/10/2007
Théâtre de Grammont
Réservation au 04 67 20 99 00