ENVIE DE PASSIONS On le sait, haine et amour sont intimement liés, l’un ne va pas sans l’autre. On le sait aussi, l’être humain n’est ni noir ni blanc mais souvent gris. Préparez-vous à entendre répéter avec talent des mots qui sonnent vrais, qui percent et qui transpercent, bref qui vous bouleversent. L’originalité du texte d’Hugo Paviot dont le metteur en scène, Jean Christophe Houin, « est tombé amoureux », réside en ce qu’il est séparé en deux parties à priori tout à fait similaires mais subtilement différentes par le rythme, par le sens voire par quelques mots…
C’est ainsi que les deux comédiens se prêtent au défi, ô combien difficile, de jouer deux textes pratiquement similaires, à la suite, mais dans deux situations différentes, que l’on pourrait même croire opposées, mais le sont-elles vraiment ? Le défi est relevé. On se laisse prendre à cette répétition où les thèmes de la passion, de l’amour, de la haine, de la mort, de l’obsession et de la folie se mêlent avec finesse et justesse.
Folie quand tu nous tiens… « Arrêter de penser », est le maître mot de chacun de ces personnages, quatre en tout : Eve et Adam, un couple fusionnel ; Petite et Papa, un couple incestueux. Le spectateur se demande en quoi la raison peut mettre un terme à ces passions? Question existentielle, étudiée depuis l’antiquité et pourtant toujours aussi touchante d’actualité. La folie est omniprésente, certes, certains personnages sont à proprement parler internés et s’expriment depuis leur asile, mais on se demande où est le fou ? En fait, il est dans tous les personnages, comme il est dans tout homme et dans toute femme… et au fond c’est la pertinence de ce point de rencontre qui reste le plus troublant dans cette pièce.
Les deux comédiens parviennent avec brio à surmonter cet exercice difficile. Le choix du texte d’Hugo Paviot, aurait du donner suite à une lecture, mais il s’est avéré que les comédiens ressentaient le besoin de véritablement s’impliquer dans le jeu pour refléter la justesse des sentiments : fou meurtrier et sincèrement amoureux, haïssant et aimant à la fois…
Magali Esteban passe de l’amoureuse passionnée à la jeune fille torturée entre la haine et l’amour paternel, avec une surprenante dextérité. Le spectateur est de suite absorbé par la justesse de son jeu.
Jean-Christophe Houin nous présente « un fou mais pas trop » suivi d’un père amoureux mais incestueux, avec un grand talent.
La mise en scène sobre met en relief un texte épatant et un jeu très talentueux et c'est bien "dans la peau" que pénètrent ces bonnes ondes théâtrales.