VASE DE VIENNE
Alain Didier Weill est l'auteur de cette oeuvre remarquablement mise en scène par Jean-Luc Paliès et la Cie Influenscènes, au programme du Festival Off 2007 et reprise les 5 et 6 octobre derniers au Théâtre des Halles. Genèse d'un dictateur, prémonition d'un désastre.
Pièce et spectacle riches de significations qui nous donnent à découvrir la démarche selon laquelle un individu tout à fait quelconque, médiocre, peut laisser voir se profiler en lui le dictateur à venir. Et pas n'importe lequel ! Adolf Hitler lui-même !... De 1909 à 1913, Vienne est un véritable creuset d'idées et de mouvements sociaux, artistiques et culturels où se joue une partie importante de l'avenir d'un siècle débutant.

On y rencontre des personnages aussi emblématiques que Carl G. Jung, le peintre Klimt et le professeur Sigmund Freud qui donne ses premières consultations de psychanalyse. Il reçoit notamment un jeune aristocrate, brillant mais victime d'une fixation excessive à l'image maternelle... Ce jeune homme est aussi puissamment antisémite... Il rencontre sur un banc le jeune Adolphe, une sorte de clochard, peintre plus ou moins raté, qui vit dans un asile et n'a pour ami qu'un chien errant... Voici que par une phénomène alchimique de vases communicants, au fil de ces quatre années, le jeune aristocrate va parvenir à se libérer progressivement de sa névrose tandis qu'à l'inverse le jeune Adolph, personnage de prime abord intégriste, prude et très figé dans un incommensurable orgueil va nous tracer très vite le portrait prémonitoire du dictateur antisémite qu'il deviendra vingt ans plus tard, dès 1933...
Devant nous, les acteurs (huit, tous très convaincants) sont debout chacun devant son pupitre, tels les musiciens d'un orchestre sans instruments. Certains se déplacent pour devenir un moment un personnage. La chronologie des événements est définie avec précision tandis qu'au contraire l'espace théâtral est éclaté comme les pièces d'un puzzle dont on ne sait d'avance ce qu'il prétend représenter... Le spectacle semble être en effet la métaphore d'une Histoire humaine et sociale encore à venir. Dans la Vienne des débuts du 20ème siècle, comme il se doit, la toile de fond en appelle à une ligne musicale particulière : deux soprani viennent ponctuer chaque tableau de leurs interventions, tandis qu'aux orgues de cristal, un musicien confère en continu un climat quelque peu onirique, voire cauchemardesque, au tableau d'ensemble.
Henri LÉPINE (Avignon)
« Vienne 1913 » d'Alain Didier-Weill par la Cie Influenscènes.
Mise en scène de JeanLuc Paliès.
Théâtre des Halles, les 5 et 6 octobre 2007.