PETITES HISTOIRES BIEN CRUELLES
Elle a rodé son spectacle au Point Virgule à Paris où elle joue en début de semaine son One Woman Show, jusqu’à la fin décembre. L’autre moitié du temps, elle la passe à Montpellier, sa ville natale, où elle se produit au Kawa. Tout débute par l’arrivée sur scène d’une chanteuse que Béatrice qualifie d’hyper réaliste. Elle chante faux et c’est le fil rouge du spectacle, cette intervention quelque peu dérangeante mais drôle vaudra à la môme de la rue de se faire jeter dehors ; mais grâce à sa détermination, elle reviendra finir sa chanson par sequences, comme un spot publicitaire campé dans le réalisme. Durant une heure, la comédienne incarnera neuf personnages dans une succession de sketches pour décrire des tranches de vie car ce one-woman-show est le fruit de l’examen minutieux de scènes quotidiennes sans être pour autant autobiographie complète…

Les vacances à Cochon Land, une virée en Italie entre amis qui se termine mal en raison d’un voisinage inattendu, une entraîneuse de foot pour une équipe féminine de pieds cassés, autrement dit de ménagères de moins de 50 ans, une femme libérée qui revient des courses tandis que son « tendre » mais cruel époux est devant le match de foot c’est-à-dire au Parc des Princes…. Des commérages, à cette hystérique peur de l’avion, elle décèle ce qui fait mal, et dans ses tableaux tranchants où les femmes ont une place d’honneur, la vérité n’est pas loin du compte. En témoigne cette fille qui tient à la tribune un discours politique incohérent.
Cocasse et vécu Ses sketches, c’est quand même du vécu, comme ce dragueur un peu lourd mais gentil à qui l’on finit par proposer une passe. Non il ne s’agit pas d’une mauvaise passe mais les chutes de Béatrice Troin restent bien cocasses, enracinées dans un humour tranché. De la provocation et aucun retranchement, même pas pour ce mari cocu absorbé par son match de foot devant la télé, qui parle des infidélités de l’épouse de son pot à sa femme… Elle use et abuse du comique de situation, de l’inversion, du pléonasme, mais le plus hilarant, c’est quand même la langue de vipère de tata Gisèle, ou de la cousine Lucile, ces caricatures de femmes se critiquant sans vergogne que l’on connaît tous ou presque pour les avoir rencontrées en famille, avec une voisine, une concierge... Elle est encore capable d’adopter des mimiques et une gestuelle à faire tomber de rire.
D’abord comédienne, initiée au théâtre de rue, elle a bourlingué entre New York, Avignon et Paris. Aujourd’hui, Béatrice Troin change de registre et réalise là une belle prestation, avec un spectacle très au point. Grande gueule, libérée, vive et incisive, en voila une qui sait capter son public.
Christelle ZAMORA (Montpellier)
Béatrice Troin
Au Kawa Théâtre à Montpellier du 27 septembre au 27 octobre 2007
Au Point Virgule à Paris jusqu’à la fin décembre
Kawa Théâtre
18 rue Fouques
Tel : 04.67.58.15.45