En exclusivité pour RUEDUTHEATRE et pendant tout le Festival d'Avignon 2007, l'humoriste, comédien et auteur lyonnais Pascal Coulan nous raconte, vu des coulisses, le quotidien d'une troupe qui découvre pour la première fois les joies et les affres de la vie avignonnaise.
F + 8 : lundi 6 août (45) Une semaine après la fin du festival, les MISÉREUX sont encore dedans. Séparément. Le voyage du retour se fit dans la fatigue, le déchargement aussi. Il faut dire que les costumes pliés les uns sur les autres, imbibés de sueurs et de maquillages, avaient à la fois collé, déteint et dégageaient des odeurs qui auraient fait sourire le grand Molière ! Une fois arrivé, Michel s’est écroulé. Littéralement. Comme s’il s’était programmé pour le festival, juste pour le festival. Une fois franchie la porte du local qui n’avait pas été aéré, il s’est écroulé. Plus de batterie. D’un léger coma, il ne s’est réveillé que mercredi dernier. Presque en forme.
Quant aux autres : fatigue, crampes aux mollets, courbatures, rêves agités, bruits et couleurs plein la tête avec réflexe nocturne de tracter, coller, encore tracter, parader, et jouer. Jusqu’à jeudi, Annick voyait la créature du lac noir surgir de sa baignoire. Elle n’osa y pénétrer que lorsque Patrick et Omar furent passés respectivement pour confirmer que sa baignoire n’était pas une piscine marécageuse. Avec les « fucking clim » du festival, tout le monde a eu sa petite angine.
Bref, la semaine se passa chacun chez soi, avec un seul but : se remettre en forme en ne faisant rien, en retrouvant sa famille ou accélérant son divorce. Jean-Pierre goûta les joies et les peines de la vie de célibataire en essayant d’être homosexuel, mais sans y parvenir vraiment. Faut dire, dans la Province des MISÉREUX, c’est pas la gay pride tous les jours. Alors pour un nouveau venu en formation, c’est pas facile ! Tout le monde était vraiment épuisé. Et après une première retrouvaille au réveil de Michel, Marie-Claude proposa une soirée barbecue. Chez elle. Avec le rosé que Jean-Pierre avait piqué au proprio. Peu de choses à se dire au début, puis quelques fous rires rappelant les bons souvenirs, vision remémorée de ces milliers de tracts par terre, et la certitude d’avoir eu un bon spectacle, la conviction qu’ils avaient fait tout ce qu’il fallait faire pour avoir du public, l’orgueil même de penser qu’ils méritaient plus de considération de la part des journalistes et de la profession, enfin, l’affirmation collective et conclusive de fin de soirée : on est mieux ici que là-bas. Avignon, c’est fini !
Combien de MISÉREUX, faisant les comptes de leurs investissements : argent, espoir, énergie, travail, effort, face à des merguez fraîchement cuites et un rosé bien frais firent la même conclusion ? Dans les 850 ! Les mêmes qui y étaient. Les mêmes qui y reviendront. Contrairement au Klondike, les MISÉREUX ont les pépites en eux et des ressources inépuisables de régénérescence. Ils l’ignorent encore. Pour l’instant, les merguez crépitent, le rosé « goulaye » alors, que faire d’autre sinon attendre ses indemnités, vider son verre et rigoler pour un rien.
Et sans penser à sa femme éclipsée, Jean-Pierre lève un toast unanime : « Je ne sais pas encore si on a bien fait de le faire, mais Avignon c’est fini ! » Hourra général. Les merguez sont cuites !