En exclusivité pour RUEDUTHEATRE et pendant tout le Festival d'Avignon 2007, l'humoriste, comédien et auteur lyonnais Pascal Coulan nous raconte, vu des coulisses, le quotidien d'une troupe qui découvre pour la première fois les joies et les affres de la vie avignonnaise.
F+1 : dimanche 29 Juillet (44) Quelle fête hier soir ! Toutes les choses ont été dites et partagées. Réconciliation. Même Gérard est passé vers 4h du matin et tout le monde lui a fait un triomphe : « du cochon pour la location, du gras, c’est pour ma compta ! » Il avait l’air penaud ! L’œil de travers… de porc bien sûr. Les policiers l’ont auditionné. Il risque moins gros. « Tout est bon dans le cochon, y’en a bien dans les bonbons, pourquoi pas dans les nichons ! » Les MISÉREUX se lâchent. On danse, on chante, on dit ce qu’on a à dire : « C’est vrai que t’es chiant Jöel, pour qui tu te prends ? » « Je ne me prends pas, je suis. Un homme de l’art théâtral… » et patati patata… Les comédiens, tralala sur Molière… Joël parle comme un article du Monde qui s’extasie devant les donneurs de jumelles du IN où on ne sait plus quoi faire d’autre que de faire lire des amateurs.
Mais Joël, c’est pas tout à fait ça. C’est pour ça que Marie Claude lui trouve du charme. « Il connaît plein de textes qu’il récite en diverses occasions : Horace pour faire l’amour, Duras pour faire la nuit ». A 6 heures du matin, tout le monde se sépare, ultime hara kiri buccal pour Patrick, Omar se marre, Annick avec Alain : câlin…Catherine charge Michel sur sa chaise. Mais pourquoi s’est il aussi coincé la jambe ? Le décor s’emboîte, son genou se déboîte !
Nuit blanche ! Colorée pour Josiane. Puis il faut partir. Avant : faire le ménage, la vaisselle, ranger les affaires, état des lieux.
C’est du boulot, mais comme pour les cartons et les tracts et les parades, les MISÉREUX ne sont pas des fainéants. Le café coule à flots. Tout le monde s’y met. A midi, ultime barbotage dans la piscine, le proprio arrive. Avec des fleurs pour Josiane et une caisse de rosé pour Jean-Pierre qui ne sait pas quoi dire. Ca n’allait plus très bien tous les deux. Et puis, si elle se met avec le proprio, l’année prochaine ils auront peut-être la maison gratuite. Toujours ça d’économisé ! « Parce que tu comptes revenir ? » « Je ne sais pas si la région acceptera que toutes ses subventions passent dans les poches de chirurgiens douteux ! » Faut voir.
Pour l’instant, le cerveau dans de curieuses ébullitions, les MISÉREUX sont fatigués. On verra les retombées. Ils ont perdu pas mal d’illusions et 20.000 Euros, mais bon, quand même : y’ a du bon à Avignon. Peut être ce que recherchaient les chercheurs d’or du Klondike. Ils y laissaient leur vie, mais c’était leur vie.
Midi trente ! On hisse Michel au volant de la camionnette à qui on a piqué une jante. Les tracts en moins, c’est plus léger. Il en restait un carton ; ils l’ont posé hier à l’office du tourisme qui, comme d’habitude, a tout balancé à la poubelle.
Moteur, grand départ. Personne ne dit rien. Ultime traversée de la Ville. Plus aucun carton ne pendouille, plus de tracts, tout est vide, tout est CLEAN !. A tel point que les MISÉREUX se demandent si le festival a existé. S’ils ont eux-mêmes existé. Les cinémas crasseux sont déjà des déserts en friche, les garages retrouvent leur vraie fonction, les charcuteries aussi, les crottes de chiens retrouvent leur hégémonie. Aucune trace du festival… Comme si Marie Josée, grand-maire d’Avignon était enfin sortie de sa mairie, et telle super Nani, avait fait le ménage dans la nuit !
Roulant sur l’asphalte rutilant, les MISÉREUX sortent d’un rêve. Même la rue de la République est à nouveau dans les deux sens. Mais au moment de passer les remparts, accroché à un poteau, flotte au vent l’ultime étendard : un carton de leur spectacle : TERRE D’ESPOIRS ET CONTINENT PERDU … auteur inconnu. Un beau spectacle !
Michel passe les remparts, enclenche la troisième. Fatigués, désemparés un peu tristes mais un peu heureux, ils peuvent être fiers d’eux les MISÉREUX.