Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

Sylvie Testud, dont la prestation était attendue, certes, incarne une Edith très crédible mais ses répliques nimpactent pas toutes avec la même intensité. La voici parfois aussi molle que les membres inférieurs bloqués par le mal de son personnage, tandis que son tempérament explosif et insoumis la porte parfois à se dresser contre tout avec force et justesse. À ses côtés, Anton fait un peu pâle figure. Dommage. Trop prévisible, trop monolithique, trop diaphane. Les deux personnages ont pourtant une place importante dans lesprit de Zweig. On pourra voir dans Anton la figure de ceux qui ne choisissent pas leur camp contre le mal, et seront toujours hantés par le remords de leur inaction. Et dans celui dEdith, un alter ego de lauteur, idéaliste, paralysé à lidée de vivre dans un monde dominé par une idéologie autoritaire Réfugié en Amérique Latine, il se suicide en 1942 avec son épouse.
En revanche, deux seconds rôles sortent du lot. Albert Delpy incarne avec finesse M. Kekesfalva. Un père craquelé, à fleur de folie douce, riche châtelain au cur dargile, tour à tour plongeant dans la lamentation fataliste, limpuissance et la culpabilité, ou lespoir le plus ténu auquel il peut saccrocher pour aider sa fille. La richesse du jeu de lacteur se niche dans le soin accordé à lexpressivité de son sous-texte et des attitudes. Zweigien, en diable. Bruno Sermonne, à la technique théâtrale trop bien rodée, campe un docteur Candor, réaliste et rationnel, la vérité de la conscience face aux errements émotionnels des autres personnages ; il est le phare et tout dans son jeu lumineux le conforte dans ce rôle.
« Aucune faute ne soublie tant que la conscience sen souvient. » On retiendra la scène finale où le fauteuil vient hanter Anton, physiquement enfermé dans sa conscience, figurée par le décor ; clin dil à Freud, qui fut le compatriote et lami de lauteur. Un peu de limpidité, enfin, dans un univers zweigien bien dérouté