Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Être le premier à tout prix, y compris le pire.
Un homme fait la queue ou se prépare à faire la queue : on ne sait pas Puis un second simmisce, et la situation se corse. Qui va être le premier ? Qui va être le second ? Le second ou le deuxième ? Car dautres peuvent arriver et changer la donne
Le Premier est dune tragique actualité. En ces temps âpres, où lhomme den haut est un loup pour lhomme den bas, la pièce dIsrael Horovitz appuie là où ça fait mal. Cest une leçon de lucidité, avec des mots légers, mais lourds de conséquences et gorgés dhumour noir. Visiblement, Horovitz observe avec une extrême minutie lâme de ces quatre hommes et de cette femme. Il extrait le suc de cette grappe humaine, presse le jus jusquà la lie. Jusquà lhallali ? Le pouvoir est une drogue dure
La mise en scène du jeune Bruno Ladet se remarque à peine : cest un ballet réglé comme du papier à musique. À limage du bonhomme : taiseux mais efficace. Et profond.
Malgré une traduction de Claude Roy qui sent parfois trop laméricain, qui témoigne de lidée que les écrivains ont des gens ordinaires, les comédiens sont dune redoutable générosité. Christian Canot dessine, mine de rien, un Dolan cauteleux et roublard qui na pas les moyens de ses ambitions. Éric Cugnot compose un Arnall attachant et pitoyable, écartelé entre deux sexes. Laurent Battist interprète avec truculence et humanisme un Fleming rugueux battu davance, Sandrine Bestel incarne de tout son corps une Molly plus maligne et plus aimante quon ne croit, enceinte de toutes les blessures des femmes. Nicolas Beaucaire, enfin, se régale à nous offrir un Stephen machiavélique, bondissant, sûr de lui et terrifiant.