UN PUBLIC SANS DIVERTISSEMENT Et si le spectacle en avait assez de partager la vie intermittente du saltimbanque de théâtre et décidait un beau soir de le quitter, sans crier gare, juste avec une lettre de rupture ; fin de contrat ou fin d’amour ?
Et si le théâtre n’était pas qu’un divertissement, un simple détournement frauduleux dont le public ne serait définitivement en rien responsable ! Qui en serait le plus marri, le comédien dépossédé ou le spectateur ?

Le spectateur à coup sûr, tellement habitué au confort de sa position (assise), de son droit légitime à « consommer » une prestation attendue et dûment rémunérée, que
« bien entendu, il est venu voir un spectacle, les mains dans les poches, mais il n’a rien préparé, comme d’habitude ».
Le désarroi de surface, et donc joué, du comédien Jérôme Rouger privé de son instrument de travail, voile à peine le vrai, celui de l’artiste dans une société qui tend à le « gérer » comme elle gère le temps et l’espace de n’importe quelle entreprise en cherchant à la formater pour la rentabiliser à plein et au plus vite. Or l’art est irréductible, nous prouvent par l’absurde le plateau vide et le comédien démuni, qui en appelle au public afin qu’il assume, lui aussi, la part critique qui lui revient. L’effet de miroir scène/salle si souvent glosé renvoie simplement là, grâce à une situation inédite et un humour très fin, propre à déstabiliser, chacun des protagonistes à défendre la Maison– Théâtre.
Jérôme Rouger avec ses faux airs de Jean-Pierre Darroussin est désopilant dans le registre surréaliste. Il excelle à plaider finement, sans y toucher, pour une plus grande exigence afin de ne pas se perdre dans la jungle des spectacles.
Liliane BOURICHE-LÉPINE
www.ruedutheatre.info
Texte et interprétation : Jérôme Rouger
Au Ring Théâtre 16, rue Louis Pasteur, 19h30 du 6 au 28juillet 2007.