SCÉNARIO GOREAprès les économistes, les politiques et les alarmistes, les artistes entrent dans le débat sur le dérèglement climatique.
« Les scientifiques ont fait un travail merveilleux en faisant prendre conscience aux gens le danger et ses conséquences mais cela ne suffit pas. Il appartient aux artistes de transposer les données scientifiques et climatologiques dans une réalité vécue », explique Georges de Cagliari, auteur du texte. Avec sa pièce, « Fin de terre », il atteint son objectif.
« Initialement, je voulais écrire un huis-clos qui se serait appelé L'éboulis
. Mais le problème de la détérioration climatique m'est apparu comme une évidence lors de l'écriture. Il est faux de croire que les écrivains vivent dans des tours d'ivoire. »

Finalement, la pièce met en scène deux femmes recluses dans un bistrot sans âge sur une presqu'île menacée, à court terme, d'être submergée. Au dehors, c'est la barbarie, la lutte quotidienne pour se nourrir et survivre, la sécheresse. Quand elles se rendent compte que la fin est proche, elles se tournent alors vers l'extérieur, dans l'espoir de trouver une solution.
« Je lance des affirmations sur la désertification, la pluie, le nombre de morts… J'étais persuadé d'avoir écrit des horreurs pas crédibles. L'idée d'envoyer le manuscrit à un spécialiste m'est venue naturellement. », explique l'auteur. Et là surprise, ce scénario apocalyptique n'est pas si fictif qu'on aimerait le penser.
« Non seulement vous êtes dans la vérité, mais si on ne fait rien, vous êtes en dessous de la réalité ! », lui a répondu Jean-Pierre Céron, directeur de recherche en climatologie à la météorologie nationale.
Fiction ?Pendant 1h30, le suspense monte. On se laisse emporter par le jeu des cinq comédiens de la troupe du théâtre du chaos. On retient son souffle.
« A travers l'émotion, la prise de conscience est là, reconnaît Georges de Cagliari.
J'ai été très surpris par l'accueil réservé à la pièce. Je n'ai aucune confiance en ce que j'écris. J'ai plutôt tendance à tout mettre à la poubelle à la moindre hésitation. Mais à la sortie des représentations, j'ai vu quantité de gens bouleversés voire en pleurs. » En effet, impossible de sortir indemne de cette pièce unique, parfois drôle, mais qui sonne toujours juste. Après avoir fait un carton à Paris en début d'année, la troupe part à la conquête des grandes et petites salles de province.
« C'est un acte artistique de promouvoir la culture mais c'est aussi militant. On monte et démonte les décors comme les gens du cirque. Sauf que nous, on le fait dans les salles des fêtes des villes qui n'ont pas d'autres endroits. » Adepte du théâtre participatif, Sara Veyron travaille en partenariat avec des associations locales qui ont organisé des débats après les représentations. Ce mois-ci, la troupe prend ses quartiers d'été à Avignon, au théâtre des Lucioles. Si par le sérieux de son sujet, la pièce peut sembler détonner, il ne faut cependant pas hésiter à y aller. Le texte laisse une empreinte profonde dans le coeur du public. On en sort bouleversé espérant que jamais la fiction ne rejoigne la réalité.
Juliette CELLO
www.ruedutheatre.info
Spectacle vue par notre correspondante parisienne Julie BOUCHER début 2007.
Une pièce de Georges de Cagliari
Avec Sylvia Bruyant, Rebecca Bonnet, Delry Guyon et Jean de Coninck.
Mise en scène par Sara Veyron
Lumières : Jacques Rouveyrollis
Du 6 au 28 juillet au Théâtre des Lucioles, 10 rue des remparts à Avignon.
Représentations à 14h40. Rens. : 06 62 36 69 00.
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