UNE MÈRE MALGRÉ ELLE Retrouvailles entre une mère et une fille après trente ans de séparation. Deux inconnues unies par le sang s’affrontent entre rage et rancune, culpabilité et demande d’amour. Au milieu de la rencontre orageuse, une autre femme, la compagne de la mère indigne, avec tendresse et humour, tente de réunir mère et fille. Le trio féminin de choc est touchant et interroge la complexité des rapports mère-fille à partir du texte de l’auteure argentine Griselda Gambaro.
L’ambiance est éléctrique dans l’appartement aux couleurs chaudes des deux femmes. Eugenia tourne en rond, s’inquiète. Mathilde à moitié habillée se passe ses nerfs en faisant du step. Ambiance décalée et caustique avant le coup de théâtre : l’arrivée de la fille abandonnée trente ans auparavant. Laetitia, la jeune femme arrive enfin. Le temps se suspend, s’alourdit. Pour briser le silence de la femme honteuse et de la fille amère, Eugenia tente de mettre à l’aise la fille, tout en encourageant la mère.

Autant d’attentions « maternelles » qui portent à confusion : la fille prend la compagne pour la mère. Dès lors le ton est donné, mère et fille sont deux parfaites inconnues l’une pour l’autre. La mère s’offense de la méprise, la guerre est déclenchée. Chacune déverse son poison à sa manière. Sophie Guillemant incarne une mère impulsive délicieusement intolérante et maladroite. Ses coups d’éclat et ses provocations ne suffisent pourtant pas à faire fuire sa fille. Les deux femmes n’échappent pas aux réglements de compte. Chacune le désire, chacune le refoule. On ne s’improvise pas mère. On ne peut exiger un amour maternel d’une mère malgré elle. Au centre des deux femmes, la compagne à l’instinct maternel, pourtant sans enfant, qui joue le rôle de trait d’union. Dès lors chacune prend conscience du très long chemin qui s’impose pour que le lien se crée. Ce terrible « territoire que personne ne connaît » qui sépare les deux femmes. Ce pardon impossible.
Avec une mise en scène colorée, Dilia Gavarette-Lhardit, décline les nuances de caractères et d’émotions, joue sur les tons, rythme l’évolution de sentiments qui va assurer le dialogue entre trois modèles féminins. Cette tragi-comédie intime confère le spectateur à son propre vécu.
Elsa ASSOUN
www.ruedutheatre.info
Texte : Grisela Gambaro
Mise en scène : Dilia Gavarrete-Lhardit
Interprètes : Isalinde Giovangigli, Sophie Guillemant, Marie Provence
Scénographie : Francesca Jiuliano
Lumières : Damien Thille
Du 6 au 28 juillet au théâtre Gilgamesh à 12h40
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