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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Le Zootropiste (Paris)

PAS SI BÊTE

Durant une année, un groupe de déficients mentaux a élaboré un bestiaire, sous la direction de Thierry Lahontâa, artiste plasticien. « Ces séances étaient d’une rare drôlerie et se déroulaient dans une sorte d’euphorie où même les plus ordinairement mutiques avaient leur mot à dire ».

Ce bestiaire qui tient à la fois du « Carnaval des animaux » et de « l’Arche de Noé » a inspiré le metteur en scène Renaud Cojo, également comédien. Il en a tiré un spectacle à deux personnages, excentrique et poétique.

Imaginez une scène de théâtre qui ressemble à une piste de cirque. Imaginez un Monsieur Loyal qui passerait une audition pour être embauché à Las Vegas en égrenant un bestiaire délirant accompagné d’un assistant, à la fois mime et illustrateur sonore. C’est à la fois pathétique et rutilant comme un sosie d’Elvis Presley qui se produirait dans une fête foraine. C’est à côté de la plaque et en même temps cela va droit au cœur.
 Photo © Philippe Delacroix

« Le zèbre est rayé noir avec des rayures blanches »
. Voilà une vérité qu’il fallait rappeler. « Il vit au zoo et ailleurs ». Cela est vrai aussi. Quant à l’abeille, « ça vole plus haut que la mouche et elle fait le tour des abat-jour allumés ». Qui peut le nier ? Et qui aurait pensé à enchaîner ces évidences avec le sérieux d’un pape égrenant un chapelet ? Autant le dire tout de suite, le Zootropiste ne plaira pas à tout le monde. Pour certains il restera hermétique comme son titre, pour d’autres, très imagé et imaginatif, comme son titre aussi. Ce spectacle est à voir comme on mange un carambar. C’est superflu, un peu régressif, mais jouissif, et, avec un peu de bol, on peut y trouver une bonne blague.

"Carambar attitude"

Mais tout le monde n’a pas la "carambar attitude". La moitié de la salle est impassible quand l’autre est pliée en deux. Personnellement, j’étais de la première moitié et j’ai passé mon temps à envier ma voisine de droite qui hurlait littéralement de rire. Elle était le genre de spectatrice que tout organisateur de spectacle rêve d’avoir dans la salle. Un rire enfantin dans un corps d’adulte. Au énième gloussement, je l’avoue, j’ai eu envie de la détester. Mais franchement, elle était charmante. « J’adore l’absurde. » m’a t-elle dit en s’esclaffant. Et elle était vraiment sincère.

Dans tous les cas, qu’on rit ou pas, le Zootropiste n’est pas un spectacle anodin. Il y a là un vrai sens de gravité. Un respect des auteurs et du public. Il y a de l’humanité dans ce bestiaire. Et ce n’est pas rien. Tous les goûts sont dans la nature et toutes les aventures sont à tenter. C’est l’un des grands charmes du théâtre du Rond-point de nous le rappeler à travers des créations originales mais toujours cohérentes et respectueuses du public. Voilà un théâtre qui fait le Point sur les créations du moment, même les plus improbables, sans jamais tourner en Rond. Pourquoi pas alors le Zootropiste ?

 Agnès GROSSMANN (Paris)

Le Zootropiste
D’après Bestiaire, ouvrage collectif du Centre d’Aide par le Travail de Verdelais en Gironde, rédigé sous la direction de Thierry Lahontâa
Mise en scène de Renaud Cojo.
Avec Renaud Cojo et Patrick Robine.

Jusqu’au 30 décembre au théâtre du Rond-Point 2 bis, avenue Franklin. Roosevelt,75008 Paris Réservations : 01 44 95 98 21
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