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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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L’Ami des lois (Mons/Belgique)

DÉDALES JUDICIAIRES

Courteline n’est plus guère joué aujourd’hui. Il a laissé quelques brèves comédies grinçantes sur l’administration et la justice. Cette reprise se veut incursion dans le système pesant de la justice.

« L’Ami des Lois », titre emprunté à une comédie de 1793, s’ouvre avec une promenade à travers les couloirs du théâtre, ses coulisses, ses lieux secrets. Elle se poursuit dans la salle, aux sons d’une musique de foire, devant un décor constitué par une piste rouge aux aspects de ring, par une multitude de cordages qui rappellent soit des assemblages pour acrobates de cirque, soit les salles dites des ‘pendus’ où les mineurs suspendaient leurs fringues avant de s’enfoncer dans la mine. D’emblée le rythme est donné. Revêtu de toges magistrales les interprètes vont sans cesse se passer en cavalcade effrénée le relais des personnages caricaturés par Georges Courteline et par son père dont les chroniques judiciaires servent aussi de dialogues.
 Photo © Alessia Contu

Farce permanente

Laurent Wanson n’a rien négligé pour rendre festif et clownesque un spectacle dont les textes ont, malgré tout, un peu vieilli. D’où sans doute la volonté de ne laisser aucun temps mort, d’enchaîner les sketches sans prendre le temps de respirer, d’accumuler grimaces et pirouettes, brouhaha et agitation. La barre est un tourniquet. Le prétoire est une arène. Les plaidoiries sont des acrobaties et des jongleries de mots. Les plaignants et les accusés sont des augustes. Les avocats et les magistrats des funambules. Les accessoires des ustensiles quotidiens.

Nous voici assez loin du théâtre à vocation politique auquel ce metteur en scène nous avait accoutumés. Même si les répliques de la dernière séquence viennent dire l’essentiel avec une gravité qui passe difficilement après une heure et demie de pitreries, de gags, de farce permanente. Car ce dont il est question ici tient davantage des tracasseries, des mesquineries administratives que de l’essence même de l’équité. De toute façon, la performance est indéniable. Chacun se livre à fond dans un jeu corporel et vocal qui ne souffre en rien d’indolence. Une émulation ludique contagieuse s’étend d’une séquence à une autre. Elle verse dans la parodie de Shakespeare, de Molière, de Brecht, de Kurt Weill même, puisqu’il y a des interventions chorales. En somme, un spectacle idéal pour les fêtes de fin d’année.

Michel VOITURIER (Lille)

L’Ami des lois
Textes : Jules Moinaux père et Georges Courteline fils
Adaptation, mise en scène, musiques : Lorent Wanson
Distribution : Jean-Michel Balthazar, Jean-Pierre Baudson, Delphine Bibet, Alfredo Cañavate, Patrick Donnay, Catherine Mestoussi
Scénographie et costumes : Sylvie Thévenard Lumière : Guy Simard

Production : Le Manège/Mons, Théâtre national
En tournée : au Théâtre national à Bruxelles du 8 au 28 décembre ; à la Maison de la Culture de Tournai, du 9 au 12 janvier 2007.
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