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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Le Sas (Tournai/Belgique)

DANS L'INTIMITÉ DU CRI

Différente de l’interprétation et de la mise en scène de Valérie Fiévet du nordiste Théâtre du Monde Perdu, cette version de la pièce d’Azama en donne toute la puissance dramatique.

La mise en scène de Sylvie Landuyt donne priorité à l’intériorisation et aux tensions corporelles qui s’ensuivent. Jo Deseure, lauréate du prix de la meilleure comédienne belge, interprète ce monologue avec une intensité permanente.
 Photo © Alessia Contu

Être en prison n’est pas seulement une punition pour un délit ou un crime commis. C’est aussi être confronté à l’enfermement, à l’arbitraire de certains directeurs et gardiens, à la solitude, aux humiliations. Le personnage, inspiré à l’auteur par des confidences reçues à la prison de Rennes, est à la veille d’être en liberté conditionnelle après une peine subie de 33 à 49 ans. La condamnée est mise à nu par sa réclusion : moralement face au jugement et à la vie, physiquement face aux fouilles et aux douches.

C’est donc ainsi qu’apparaît Jo Deseure, dans une pénombre où son corps sans protection semble accroître son isolement, sa fragilité, son écorchement. Demain est le jour espéré et effrayant du retour dans le monde extérieur. Mais aujourd’hui, un télégramme lui annonce le décès de sa maman, la disparition du seul être de qui elle espérait encore amour et soutien. Alors les mots se succèdent. Ils sortent. Ils déferlent. Ils disent l’existence carcérale quotidienne, les sentiments contradictoires, les haines et les amitiés, les désirs et les désenchantements. Ils expriment la déchirure d’une mère dont les enfants sont placés en famille d’accueil. Ils disent la douleur d’un régime qui hiérarchise tout, mène quelquefois au suicide et ne prépare pas vraiment à la réinsertion. Ils incarnent le discours des geôlières, de la directrice, du médecin, de l’assistante sociale, de la copine de cellule. Ils deviennent dialogues dans une bouche unique qui change de ton, de débit, de timbre sans pour autant chercher à jouer les rôles des protagonistes évoqués. Ils sont audibles et cependant ils restent bien à l’intérieur de celle qui narre son vécu.

Une vidéo géante remplace le mur d’un cachot réduit à un plancher grisâtre. Elle image des envies de dehors. Elle double les gestes de la femme recroquevillée sur son existence. Elle envoie en noir et blanc les mouvements corporels de l’angoisse, de la détresse, de l’exacerbation. Elle surgit par intermittence comme les musiques et les bruits d’une bande son sensée restituer tout un vacarme de la pensée. Deseure maîtrise avec brio la violence larvée, la dépression frémissante, la souffrance irritée, la volonté farouche. Sans cri, sans hurlement. Avec une conviction venue du ventre, livrée intimement, usant parfois de longs silences habités d’une force interne plus tragique que si elle se dispersait à travers l’outrance. Elle relate ce monde d’entre-deux qu’est « Le Sas », situé à l’intersection de l’incarcération et de la liberté, du passé et de l’avenir.

Michel VOITURIER (Lille)

Le Sas, de Michel Azama (éd. Théâtrales)
Mise en scène : Sylvie Landuyt
Interprétation : Jo Deseure
Chorégraphie : Edith Depaule
Musique : Louis Cardinal & Hugues Fanuel
Vidéo : Marc Cerfontaine
Scénographie : Vincent Bresmal
Costumes : Jackye Fauconnier
Lumière : Guy Simard
Production : Théâtre de l’Agora / Le Manège Mons

En tournée du 14 au 16 novembre à l’Eden de Charleroi, le 21 au CCR Action Sud de Viroinval, le 23 au Centre culturel régional de La Louvière, le 25 à la Maison de la Culture de Marche-en-Famenne, le 29 au Centre culturel de Huy, le 5 décembre à la Maison de la Culture d’Arlon, le 12 au Centre culturel de Dinant, du 25 avril au 5 mai 2007 au Tanneurs à Bruxelles.
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