NE PAS ÊTREAuteur, metteur en scène et scénographe, Hubert Colas est le co-fondateur à Marseille de Montevideo, un centre de création qui explore les écritures contemporaines du monde entier et veut favoriser les croisements entre les disciplines artistiques. La vidéo et la technologie font d’ailleurs partie intégrante de sa mise en scène. Après avoir travaillé sur l’œuvre de Gombrowicz, Sarah Kane, Christine Angot et bien d’autres contemporains, Hubert Colas signe ici une adaptation de « la pièce des pièces ». Présenté au Festival d’Avignon en 2005, cet Hamlet a été nommé la même année aux Molières comme Meilleur spectacle de théâtre public en région. Un conseil, si vous voulez y comprendre quelque chose, lisez la pièce de Shakespeare avant d’aller voir la mise en scène par Hubert Colas. Le moins que l’on puisse dire est que son Hamlet est hermétique. Au point que l’on reconnaît à peine la pièce de l’oncle William.

Photo © P. Laffont
La mise en scène est pourtant ambitieuse et d’une grande originalité. Le décor, noir c’est noir, rappelle un peu « 2001, Odyssée de l’espace » avec sa grande dalle noire posée sur le sol qui sert en partie de scène et qui peut pivoter, réinventant régulièrement l’espace. Derrière, un écran de même longueur diffuse des images de ciel en colère ou réfléchit l’image des comédiens en train de déclamer leur tirade. Une sorte d’écho pictural du meilleur effet qui réunit le ciel à la terre et à l’enfer. Les comédiens sont en noir, quelques-uns portent une veste d’officier, style polytechnique. Seule touche de couleur dans tout cet univers macabre et sombre, la sublime robe verte de la reine Gertrude magnifiquement portée par Anne Alvaro.
Hamlet désincarnéTout cela est très beau et très élégant. Mais il faut beaucoup d’imagination pour se croire à Elseneur où se tient la cour du Royaume du Danemark. D’autant que la direction d'acteurs n'aide pas non plus à la compréhension. À chaque apparition, ils sont introduits sur scène par un officiant qui les annonce debout derrière un micro. Ils pourraient venir recevoir un Molière, mais non, ils viennent jouer Shakespeare. Chacun semble jouer sa propre partition. Fort bien d’ailleurs mais sans véritable lien avec les autres acteurs. Chacun joue en soliste. On a ainsi l’impression qu’Hubert Colas pose les pièces du puzzle sans jamais les rassembler. Ce qui fait qu’on ne sait pas trop ce que tout cela représente.
Hamlet est ici une pièce désincarnée. Le décor se veut sans doute symbolique mais de quoi ? Il pourrait rester l’esprit ! Mais non, lui aussi semble s’être absenté. Il ne reste que le squelette de la pièce. Pas de chair, pas de sang, pas d’âme. Alors, c’est la mort ? Non, c’est l’ennui. L’histoire est dissoute dans ce néant savamment organisé. C’est totalement linéaire et pour tenir le fil, il faut drôlement s’accrocher. On essaie, puis on renonce.
Après plus de trois heures de représentation, la salle se rallume. Enfin un peu de clarté. Je l’avoue, prise dans ma torpeur, je n’avais pas saisi que la pièce était finie. Surprise, aucun applaudissement. Rien. Quand même ! Je m’en étonne, avec d’autres, mais une spectatrice plus attentive nous rassure, ce n’est que l’entracte, il reste encore une heure et quart de spectacle. Mea culpa mais je n’ai pas eu le courage d’y retourner. Désolée pour Hubert Colas, évidemment talentueux et audacieux mais, ici, à côté de la plaque de l’émotion. Être ou ne pas être spectateur d’un spectacle aussi obscur, telle était la question. En sortant, le long escalier de Chaillot qui mène à l’air libre était tout aussi noir... de monde.
Agnès GROSSMANN (Paris)
Hamlet De William Shakespeare
Mise en scène d’Hubert Colas
Avec Thierry Raynaud (Hamlet), Anne Alvaro,Geoffrey Carey, Sophie Delage, Claire Delaporte Rojas, Philippe Duclos ; Denis Eyriey, Nicolas Guimbard, Pierre Laneyrie, Boris Lémant, Isabelle Mouchard, Frédéric Schulz-Richard, Xavier Tavera, Cyril Texier
Jusqu’au 19 novembre 2006 à 19 heures.
Théâtre national de Chaillot 1 place du Trocadéro 75116 Paris
Réservations : 01 53 65 30 00