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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Spiegel (danse)

UN CRI QUI VIENT DU CORPS

Spiegel est un mot néerlandais qui signifie miroir. Dans sa dernière création, Wim Vandekeybus retrace les vingt ans de chorégraphie de sa compagnie, Ultima Vez. Le plateau devient le lieu où se reflète l’histoire du geste de Vandekeybus, avec des scènes extraites de ses danses créées entre 1986 et 2000.

Si le chorégraphe est habitué à créer son écriture gestuelle sur une partition dramatique, il relie dans Spiegel des danses par analogie esthétique, créant une poésie de corps enragés, de corps jouissifs. En outre, après les spectacles les plus récents de danse et nouvelles technologies, comme Blush 2003 et Puur 2005, il est intéressant de redécouvrir le style gestuel de Vandekeybus dans une création de seul corps (sauf une petite vidéo de quelques minutes que l’on oublie rapidement).

Photo  © Danny Willems

Les sujets de la guerre, de la violence et du suicide sont dansés sans la complaisance sanglante des images trop souvent diffusées à la télévision. Dans une scène, les corps s’entremêlent dans des jeux de force et d’équilibre, créant des luttes de morts et de vivants, accompagnées par des coups de mitraillette et des sonorités de guitare électrique. Dans une autre danse, les interprètes répètent des phrases gestuelles en faisant mine de se couper la gorge et les poignets : le suicide d’une danseuse devient un suicide collectif sur fond rouge, un rite de rage, jusqu’à ce que les corps se dénudent dans la pénombre sur les côtés du plateau, et sortent après avoir accroché leurs vêtements sur de grands crocs de boucher aseptisés.
Une autre scène est l’un des classiques de Vandekeybus, où les danseurs se lancent des briques de craies, risquant à tout moment de se blesser, créant une atmosphère de confiance parce que les interprètes s’aident à éviter le danger. Des ambiances sombres et des musiques rock accompagnent aussi des scènes d’amour, où les corps s’étreignent et se repoussent, passionnels mais trop craintifs face à ces sentiments.

Vandekeybus parle d’une jeunesse effrayée et enragée, la jeunesse née avec la société de consommation, étouffée par un trop-plein d’images publicitaires et médiatiques. Sur scène, les corps dansent en passant de l’extrême jouissance à l’extrême douleur, ils crient, désespérés mais en vie. Quelle énergie dans chaque geste qui entame de passion l’esprit du spectateur !

La chorégraphie Spiegel n’existe et ne parle qu’à l’instant éphémère du spectacle. A la fin, quand les danseurs sont frénétiquement applaudis, c'est un peu comme si, en une harmonie imitative, les danses rapides et violentes, mélange de gestes quotidiens et de gestes contemporains, dans le style propre à Vandekeybus, avaient pris corps dans chaque spectateur et quese poursuivait leur cri.

Mattia SCARPULLA (Paris )

La chorégraphie Spiegel de la compagnie Ultima Vez, a été présentée du 17 au 21 octobre au Théâtre de la Ville.
Chorégraphie et scénographie : Wim Vandekeybus
Lumières : Wim Vandekeybus, Francis Gahide, Ralf Nonn
Son : Benjamin Dandoy
Danseurs : Laura Arís, Elena Fokina, Robert M.Hayden, Germán Jauregui Allue, Jorge Jauregui Allue, Mala Kline, Thi-Mai Nguyen, Manuel Ronda, Helder Seabra
Informations : www.theatredelaville-paris.com - 01 42 74 22 77

Sortie de l’Anthologie du travail de Wim Vandekeybus en coffret de trois DVD, 52 euro, distribution Naïve.
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