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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Electre (Bruxelles)

PEUT-ON OUBLIER SES MORTS ?

Qui a vu dernièrement une vraie tragédie grecque? A Bruxelles, le Théâtre national présente une création attendue d’Isabelle Pousseur. Grande metteuse en scène, Pousseur tente de ramener le récit antique à notre siècle. Face à quelques déceptions, les atouts sont nombreux. La tragédie grecque, c’est un peu la vendetta des riches, des rois et des dieux. Luttes fratricides où le sang appelle le sang. On tue le père, le mari, on couche avec sa mère, on dévore ses enfants ou ceux des autres, etc. Tous les assassinats sont possibles.
 Photo © Lou Hérion

Alors, Electre questionne la place de la justice dans la vengeance… Si Agamemnon, roi de Mycènes, héros de la Guerre de Troie n’avait pas sacrifié sa fille Iphigénie à l’autel des dieux, peut-être sa femme Clytemnestre n’aurait pas fomenté son assassinat à coup de hache, aidée de son amant Egisthe, l’ennemi de cette famille des Atrides. L’histoire commence avec la veuve adultère, ses trois enfants et le père à venger. Oreste le fils (échappé lors du massacre) est attendu par sa sœur Electre pour accomplir le meurtre des coupables, tandis que Chrysothémis, l’autre sœur, prône l’oubli paisible.

Pour y voir clair, la pièce débute par un prologue efficace écrit par l’écrivain Caroline Lamarche. Limpide, dans la bouche du coryphée, interprété avec une modernité mordante par Catherine Mestoussis : la semence d’Atrée défile dans une généalogie de noms, de crimes et de châtiments.

Furie

Ecrite au Ve siècle avant notre ère, la tragédie de Sophocle, est construite exclusivement sur le tourment d’Electre, un absolu de vengeance quasi mystique. Un rôle ardu donc, interprété par une grande comédienne : Magali Pinglaut. Pourtant dans une furie qui peine à s’affiner, son Electre circule d’une déclamation qui nous rebute à une intériorité pointue qui nous touche. Curieuse impression qui nous poursuit dans les lamentations et confrontations qui constituent l’essentiel de la pièce.
Ainsi, la première heure du spectacle, est dominée par les laborieuses lamentations d’Electre, accompagnées d’un choeur de jeunes filles (très «cour de récréation»). Dans la deuxième heure, la machine s’enclenche et nous réveille. L’espace est aux confrontations, aux débats d’idées, avec la sœur (superbe Anne Romain) puis avec la mère, incarnée ici par Véronique Dumont, d’une rare puissance scénique ! Dès son apparition, son personnage existe, tragique intemporel. Et enfin, il y a les retrouvailles avec Oreste (judicieux Simon Duprez), annoncé mort puis vivant et Magali Pinglaut réussit à nous fendre l’âme et à déployer deux tempéraments extrêmes, avant le meurtre final des amants coupables.

Demi-réussite

On dit qu’une des difficultés des tragédies grecques consiste à ne pas restituer un spectacle antique irrémédiablement disparu mais d’y insuffler le monde moderne. Cela s’inscrit d’ailleurs dans l’intégrité du travail d’Isabelle Pousseur. Toutefois l’écho voulu aux guerres «fratricides» contemporaines (Rwanda, Yougoslavie,…) est resté en rade. Il sera à construire par la volonté du spectateur.

Pourtant le spectacle annonçait la violence d’aujourd’hui. La scénographie de Laurence Villerot, une maison en ruines «bombardée», entourée de grillages, et les costumes contemporains de Zouzou Leyens, esquissaient à la fois le monde moderne et ancien. Mais cela ne suffit pas. On se demande alors si la traduction n’est pas à remettre en chantier. Traduite en 1986 par le metteur en scène Antoine Vitez, le texte, vingt ans plus tard, même à la lecture, semble dépassé par le nouveau siècle. Electre, spectacle conventionnel, sera donc vécu comme un divertissement, avec une exploitation de l’espace remarquable, une majorité de bons comédiens et quelques moments inoubliables.

Nurten AKA (Bruxelles)

Electre, de Sophocle.
Jusqu’au 11 octobre 2006, au Théâtre national à Bruxelles - Tél : 032 2/ 203.53.53. .
Du 24 novembre au 2 décembre au Théâtre de la Place à Liège, - Tél : 0032 4/342.00.00.
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