TACHES ROUGES ET NOIRES D'IDENTITÉDans un espace blanc, aseptisé, une femme aux longs cheveux frisés essaie de danser, gesticule de ses bras qui se referment rapidement sur sa poitrine. Elle regarde le public, effrayée. Un homme rasé l’espionne, s’approche lentement d’elle et commence à diriger ses mouvements. La femme danse alors sous le pouvoir de l’homme. Une vidéo passe le visage de la danseuse alors qu’elle envoie baisers et caresses à son reflet dans un miroir. Cette femme est remplacée sur scène par une deuxième danseuse aux cheveux frisés. Celle-ci ne réussit pas non plus à danser, son corps est en déséquilibre permanent. L’homme s’approche de nouveau lentement et dirige les mouvements de la danseuse pendant qu’une vidéo montre les caresses entre les visages des deux femmes. L’homme reste seul en scène, semblant posséder l’énergie et la vie intime des deux femmes, et avec une danse efféminée de gestes saccadés, il lacère son corps de rouge à lèvres. Le corps danse contre le sol, le rouge à lèvres tache le sol, et lorsque les femmes entrent à nouveau en scène et dansent avec l’homme, se confondant dans leur ressemblance physique, leurs corps s’habillent des taches de rouge à lèvres restées au sol. Ainsi, les trois corps finissent par danser les mêmes gestes, par être tous trois tachés de rouge, dans une seule identité androgyne.

Photo © Olivier Houeix
Sur des extraits de la musique
La Jeune fille et la mort de Franz Schubert, Régis Obadia chorégraphie
Trio, création 2006, et affronte le discours du changement et de la recherche identitaire dans notre société. Les danses mélangent une technique très présente avec des tonalités violentes (dans un goût peut-être trop kitsch de la provocation).
Le discours identitaire se poursuit durant la deuxième partie de la soirée, avec
Le Sacre du Printemps, création 2004 de Régis Obadia. Douze danseurs, six femmes et six hommes roulent au sol, se défient d’amour et de haine au rythme de la musique d’Igor Stravinsky. L’esthétique de la chorégraphie semble faire écho au Sacre de Pina Bausch, surtout dans le dépouillement des femmes sous le regard voyeur et dominant des hommes. Le sol est couvert de sable noir, et le fond de scène accueille un mur doré. Des corps restent souvent immobiles, accrochés contre le mur, regardant d’autres interprètes se battre, se violer dans une arène romaine. Hommes et femmes regardent le public et semblent des corps mis en vente. L’élue du Sacre est cette fois un couple, un homme et une femme obligés de s’aimer sous les yeux d’autrui. A la fin, une femme guide de nouveau le groupe en scène, criant avec des gestes rapides et désordonnés en direction du public. Les danseurs sont désormais entamés de noir et de fatigue, ils ne savent plus contrôler leur corps, ils crient dans un dernier élan. La soirée Régis Obadia raconte un corps taché de noir et de rouge, incertain dans ses passions et dans sa relation aux yeux qui l’entourent. Du début à la fin, l’énergie de la danse secoue le public.
Mattia SCARPULLA (Paris)
Le Sacre du Printemps et
Trio, chorégraphie, mise en scène et scénographie de Régis Obadia, musiques d’Igor Stravinsky et Franz Schubert, ont été présentés au
Théâtre Municipal Silvia Monfort, du 28 au 30 septembre 2006.
Informations : Théâtre Silvia Monfort Parc Georges Brassens – 106, rue Brancion, 75015, Paris - Tel : 01 56 08 33 8