Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
Ce dimanche 3 avril 2005, jai été profondément ému par un reportage vidéo, paradoxalement dans un festival de théâtre, les VIe Rencontres européennes théâtres banlieues.
De quoi sagit-il ? Dune tribu de vingt-quatre enfants et de seize adultes de Belleville et de Mantes-la-Jolie, endroits réputés « difficiles », qui a monté un spectacle, Zorro el Zapato, en hommage au combat pacifique du « sous-commandant » Marcos et des Indiens en lutte au Chiapas. Rappelons que, contrairement aux autres guérillas, la lutte de Marcos se fait par les mots et non par les armes. Question de pédagogie à long terme.

Et ces gamins de la compagnie Tamèrantong ! ont réalisé là un rêve incroyable. Non seulement ils ont joué Zorro el Zapato à Mexico et au Chiapas même, mais, cadeau somptueux et inouï, ils ont rencontré le sous-commandant Marcos en personne !
La qualité du spectacle, elle, ne relève pas du miracle. Cest un boulot de très longue haleine, mené pendant des années par la compagnie, en liaison avec des instituteurs, des centres sociaux, des éducateurs de rue et limplication des parents des jeunes comédiens. Et grâce à une force de conviction capable, sinon dabattre, débranler les murs des citadelles « sponsorisantes ».
Des années durant, en atelier, les intervenants de la compagnie font réfléchir les enfants sur le monde qui les entoure, sur le thème du spectacle, sur la violence transfigurée par les combats scéniques, qui canalisent les énergies , sur la discipline, la ponctualité, la notion de groupe (il ny a dailleurs pas de rôle principal) et limportance de chacun au sein du groupe
Et le plus hallucinant de ce reportage, cest quil a été réalisé par TF1 ! Je vais finir par croire aux miracles
Mais je laisse la beauté et la lucidité finales à Marine, interprète du rôle de Piñata, qui « meurt » sur scène : « À chaque fois que je meurs dans le spectacle, je pleure. Je pleure parce que je pense à tous les petits enfants du Chiapas qui souffrent et meurent à cause des grands qui se moquent deux. » Tout est dit, là. Quelle leçon !