EN BONNE COMPAGNIEVous voilà conviés dans un petit salon dont le mobilier s’habille de couleurs savamment maîtrisées. Vos hôtes ? Des êtres exceptionnels de charme et d’un raffinement hors d’âge qui se partagent les aphorismes d’Oscar Wilde dans une joute verbale délectable d’hérésie pour le bourgeois bien-pensant.Sus au vulgaire ! Ici l’on prêche des vérités implacables qui ne souffrent pas la compromission des lieux communs. Wilde, c’est la fulgurance d’un génie extravagant qui se plaît dans le paradoxe, se délecte de bons mots dont l’ironie cinglante transgresse avec une impertinente allégresse les valeurs morales et sociales. Cynique, impudent, esthète accompli, il se distingue avec panache en arborant des tenues de dandy :
« On doit être une œuvre d’art ou porter une œuvre d’art » et en faisant l’éloge de la superficialité :
« Seul les gens superficiels savent de quoi ils sont faits ! S'aimer soi-même c'est le début d'une vie de passion amoureuse ! » Figure lumineuse d’un anticonformisme en butte à un monde rongé par les vertus puritaines, Wilde a, on le sait, fait les frais de cet arrogant dédain pour des principes qu’il jugeait frelatés.

Ce sont les réflexions sans concessions de ce personnage hors du commun qui tiennent la vedette ; pour les porter en scène, trois comédiens rejouent le trio amoureux composé de Wilde lui-même, de Florence Balcombe dont il s’était épris et de Bram Stoker. C’est ce dernier que la belle préfèrera à Wilde, mais, là n’est pas réellement le sujet car l’épisode, pour authentique qu’il soit, est surtout prétexte à mettre en avant les saillies savoureuses du brillant causeur.
Les trois jeunes comédiens usent de la scène pour jauger la salle avec la fatuité des contempteurs. Laurent Minier est parfait dans son rôle : tenue impeccable, tiré à quatre épingles comme de juste, sourcil effronté, regard narquois noyé de suffisance, lèvres plissées entre amertume et goguenardise provocante ; il joue un portrait vivant et visiblement s’en amuse. Valérie Vervialle est, quant à elle, souveraine ; diction parfaite pleine de morgue hautaine, chorégraphie de gestes qui dessinent dans l’air son suprême dédain. Tous deux se lancent dans une danse de séduction, servie par un intermède à la guitare, dispensable, qui tourne court, la jeune femme lui échappe.
Wilde professe un hédonisme qui dénigre le bonheur mais ses propos se teintent d’une aigreur désenchantée. Sous la virulence du propos affleure, en effet, l’amertume que ne peut manquer de générer la lucidité d’un homme, si parfaitement désabusé. Même si le public « pardonne tout, sauf le génie » je gage qu’il fera noble accueil à cette respiration de finesse dans notre monde de brutes.
Bérénice FANTINI
www.ruedutheatre.info
Born to be Wilde, d’après Oscar Wilde
Cie Le Punch Production
Mise en scène : Christophe Blain Interprétation : Laurent Minier (Oscar Wilde), Sébastien Brille (Bram Stoker), Valérie Vervialle (Florence Balcombe).
Décors : Slide Italian Design et DecoLed, designer : Giuseppe Romano
Festival Off Avignon – Théâtre des Corps Saints – 76, Place des Corps Saints Réservation : 04 90 16 07 50. Du 6 au 30 juillet à 21h15. Durée 1h10