LES ROSES DE SANGDeux dames en noir, deux figures immobiles, la tête cachée sous une capuche, sont assises des deux côtés sur la limite entre la scène et la salle. Comme les spectateurs, elles regardent Egiku Hanayagi, qui danse
Lady Macbeth revue par l’imaginaire japonais.

La danse japonaise semble un théâtre mimé occidental. Nous ne connaissons pas les symboles dessinés par les bras et par les pas, appartenant à la tradition et à la mythologie orientale. Les mouvements sont lents, Lady Macbeth semble se figer dans des postures rappelant des statues divines. Dans une première partie, elle porte un long kimono blanc et rouge, elle est à genoux entre un vase et des roses. Elle arrache systématiquement, répétitivement, rituellement, les fleurs de leurs tiges. Jetées durement, les tiges remplissent les unes après les autres le vase, pendant que les fleurs sont abandonnées sur le sol. Dans un deuxième temps, après que les deux dames en noir ont nettoyé la scène des fleurs assassinées, une figure, toujours en noir, qui porte un masque sans expression, fixe son regard sur chaque spectateur, pendant qu’il enfonce par terre des flèches en forme de rose. Cette figure semble dans sa lenteur vouloir lancer les roses pointues au public, désignant son destin. La figure étrange disparaît. Lady Macbeth rentre en scène portant une robe rouge. Son visage tremble dans de folie. Elle ne réussit pas à se laver le corps et les mains du sang. Elle prend un couteau et danse rapidement son suicide, comme une marionnette gouvernée par trop de mains, avec des gestes sinueux, presque épileptiques. Des musiques japonaises accompagnent les sentiments inquiets de Lady Macbeth –
Le Chapitre de la Rose.
Egiku Hanayagi a été formée par sa mère, Eikuchi Hanayagi. Elle s’est écartée des spectacles traditionnels, a commencé à expérimenter un style propre au sein des techniques de danses japonaises. Elle a dansé ses solos au Théâtre National de Tokyo, et dans plusieurs villes du monde entier : Edimbourg, Londres, Montréal, Mexico, Thessaloniki. L’année dernière, elle avait proposé Lady Macbeth à Avignon, un premier spectacle inspiré du personnage shakespearien. Les danses japonaises de Hanyagi sont intéressantes pour tous ceux qui veulent voyager avec leur imaginaire : en ne connaissant pas la culture japonaise, il est intéressant en effet de faire résonner en soi l’univers oriental inspiré par un personnage occidental, dans les idées et désirs de chacun face au rouge, aux roses, aux costumes et à la terrifiante figure masquée.
Mattia SCARPULLA
www.ruedutheatre.info
Le spectacle
Lady Macbeth – Le Chapitre de la Rose, compagnie Egiku Hanayagi, a été présenté du 14 au 28 juillet,
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