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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Silencio

SANS PAROLES

Un silence épais et pesant se fait dans la salle et sur scène. Des cloches sonnent le glas. C’est le jour des funérailles d’Antonio Maria Benavides. Silencio est une pièce étrange et indéfinissable. Elle nous offre une interprétation libre de La Maison de Bernarda Alba, dernière œuvre du poète et dramaturge espagnol Frederico Garcia Llorca, qu’il écrivit en 1936, deux mois avant son assassinat par les forces franquistes.

C’est l’histoire de huit ans de deuil, imposés à la mort de son mari par Bernarda à toute sa maisonnée ; ses filles, sa servante et même sa propre mère. On est dans un village du sud de l'Espagne, dans les années 1930. C'est l'été. Il fait particulièrement chaud et sec et les cinq filles de Bernarda Alba étouffent, opprimées par cette mère castratrice. Le drame peut se mettre en place. Silencio n’est pas l’ébauche rectiligne de la trame narrative de la pièce de Llorca, c’est un croisement de différents langages artistiques (cirque, marionnettes et musique) qui nous happe dans une atmosphère pesante, sombre, presque hors du temps. Une chape scelle les émotions, les fantasmes, la vie. Et pourtant par moment apparaissent un trait lumineux, un peu de légèreté.
 

 

Pour symboliser cette maison endormie, presque fantomatique, les personnages apparaissent sous la forme de marionnettes. Animé et inanimé se mêlent, l’univers qui se dévoile est presque celui de l’au-delà habité par des ombres vivantes. Cette impression se fait plus forte à mesure que le son du glas revient régulièrement. Les sonorités de la pièce sont incongrues, oppressantes. On entend les notes d’un phonogramme usé, une harpe accompagnée d’incantations. Pas de mots dans ce spectacle. A la musique s’unissent les corps qui s’expriment par le biais du cirque et de la danse. Si la danse offre des mouvements répétitifs qui vont dans le sens des silhouettes mécaniques, les numéros aériens de cirque sont eux comme une touche de poésie, de grâce, qui symbolisent le rêve de liberté, le désir et l’amour. Silencio, un hommage poétique, et envoûtant à l’œuvre de Garcia Llorca.

Anne CLAUSSE
www.ruedutheatre.info

Silencio
Conception et mise en scène : Eros Galvao et Alejandro Nunez
Avec également : Aurélie Horde, Cécile haudebert
Aide à la mise en scène : Eric de Dadelsen
Aide à la scénographie : Jean-pierre Gallet

Avignon Off 2006 11h00 : Du 7 au 29 juillet, relâche les 10, 17 et 24 Durée : 1h15 - Plein tarif : 16 € - Tarif Abonné : 11 €
Théâtre du Chien qui fume 75, rue des Teinturiers 84000 Avignon Tél. 04 90 85 25 87
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