DE L'HUMANITÉ EN PERFUSIONOn est à peine assis que déjà les acteurs sont en scène. On ne les a pas vus entrer et l’on n'est pas sûr qu’ils nous aient vus. Ils sont dans un coin et semblent communier dans une ronde se prenant la main comme pour une chaîne d’union. Ils sont cinq personnages et déjà l’un d’entre eux se détache et se place au milieu du choeur où il semble devenir objet. Ce sont les autres qui le portent, le poussent, le font avancer au milieu de la scène devant nous. C’est une femme. Elle n’a plus de forces. Elle est malade. Très malade. On comprend vite qu’elle est atteinte d’un cancer qui la touche au plus intime de sa féminité. Son corps lui échappe et pourtant elle n’est plus que ce corps, perdue au milieu d’elle-même, sur un radeau branlant. Pour la soutenir, un ensemble de barres qui tour à tour la soutiennent ou l’emprisonnent. Des barres articulées qui lorsqu’elles tournent autour d’un axe peuvent symboliser les aiguilles d’un cadran solaire qui marquent les heures de la douleur mais aussi un déambulatoire qui aide le malade à avancer. Rassemblées, ces barres ressemblent à une succession de haies à sauter, un passage d’obstacles. Dépliées, elles forment un chemin de rééducation, presque d’initiation. Dans tous les cas, elles sont un garde du corps et offre au malade un cadre structurant symbolique du monde hospitalier.

Un effet de mise en scène efficace et très réussi qui permet aux cinq comédiens de trouver leur juste place dans un espace propice à l’interprétation. Dès la fin du premier témoignage de cette femme, les comédiens nous préviennent. Ils vont dire des mots qui ne sont pas les leurs mais ceux de « vrais gens ». Leur jeu est un jeu de mots et de maux. Leur prestation a valeur de témoignage. Il ne s’agit pas d’une représentation mais d’une (re)transmission. Nous sommes en présence de cinq patients qui se succèdent dans la chambre 100. Quatre, deux hommes et deux femmes sont atteints d’un cancer. Une adolescente souffre de l’anorexie. Chacun raconte ce qu’il ressent face à cette effraction de la maladie dans son corps. Chacun raconte son ahurissement devant cet attentat et sa capacité à subir les pires remèdes pour guérir. C’est une succession de soliloques qui se croisent et s’entrecroisent dans la même frayeur de la mort. Une addition de solitudes qui forment une humanité confrontée au vertige de sa finitude. La mort est là mais aussi la vie. Cette vie à laquelle on tient drôlement. Cette vie que l’on ne va pas laissé filer comme cela ! Cette maladie mortelle, c’est une épreuve de force. C’est une creuset où se forge un nouvel être débarrassé de ses scories.
Cette chambre 100 dédiée aux soins palliatifs est finalement pour ceux qui s’en sortent une salle d’accouchement, de remise au monde. Après la destruction, chaque personnage se reconstruit sur le plaisir de vivre et la chance d’être vivant.
Un spectacle vivifiant servi par cinq comédiens très justes dans leur expression, d’une humanité meurtrie mais vaillante. Ces cinq là ont suffisamment de feu pour éclairer les ténèbres. Vincent Ecrepon, auteur et metteur en scène de la Chambre 100 peut être content. Il voulait témoigner de la force de vie qui émane des témoignages recueillis dans les ateliers d’écriture qu’il anime dans des hôpitaux. C’est réussi.
Agnès GROSSMANN
www.ruedutheatre.info
La Chambre 100, dans le OFF
Théâtre Buffon Texte et mise en scène de Vincent Ecrepon. Avec Josée Schuller, Ariane Lagneau, Jana Klein, Philippe Quercy et Pierre Giraud.
Jusqu'au 30 juillet à 15h30