TOTORS FÉLIN POSSIBLELa compagnie chalonnaise des Totors nous invite à un solo danse théâtre d’un vieux clown pour son « pas chat ». C’est un huis clos dans l’appartement poussiéreux d’un vieillard bougon et plein d’amour. Ce clown cyclothymique, danseur d’antan qui tente de combler une solitude trop envahissante, nous emmène dans l’univers exceptionnel d’une fin de vie ordinaire. Nez, pointes, tutu ou charentaises ? Je donne ma langue au chat. Tantôt grinçant de rhumatismes et bouffon contorsionniste, tantôt retraité en mal d’affection et artiste acclamé du grand public, il retrace l’histoire de la danse pour ses deux animaux de compagnie : un matou en peluche autoritaire et le cadavre de son canari dépressif. En poirier ou grand écart, en queue de pie ou peau de serpent, du cancan aux claquettes, troubadour ou Casse-noisette, le bonhomme se plaît à rejouer inlassablement les plus beaux moments de sa vie. Et même des années plus tard, rien n’a changé ! On revoit quelques photos, on se souvient entre copains et il repart à la barre. Souple et acrobate, il enfile ses costumes remisés, reliquat de sa grandeur passé, bien que toujours présente.
Le comédien Olivier Parolini nous prend et nous apprend. D’un coup de maître et pendant près d’une heure, il nous fait passer du présent au souvenir sans jamais tarir. L’inventivité chorégraphique a du ressort comique : elle fait rebondir le public de ce studio vétuste au faste des grandes scènes, du peignoir ballant aux plumes du music-hall. Par un jeu subtil et sensible, il laisse entrevoir la poésie d’un moment magique et l’intime de celui qui fut « l’ étoile ». Il réussit à croquer l’essence et le quotidien de nos grands-parents et toutes les petites habitudes qui remplissent le vide. Un univers criant de vérité où la beauté attendrissante de ce retraité aux allures de ballerine fait écho au strass et paillettes d’une génération de l’oubli. Abandon ? Exclusion ? On soulève une question de société où vieillesse et solitude, superposées au devenir d’un artiste en mal de scène, sont évoquées de manière fine et touchante sans jamais être pathétiques ou pesantes. La bonté de ce clown contre la cruauté du monde, une arabesque contre un croûton de pain rassis. Un spectacle décalé où le spectateur rit, pleure, mais ne perd pas une miette de ce qui se joue. La mise en scène éclaire les profondeurs de l’abîme. C’est la mise en abîme d’un « Nez » né pour la scène. Même si la critique de nos contemporains est douloureuse, on ne cesse de sourire à ce ballet bien ficelé digne d’un décor de Golovine.
Elsa MINGOT
www.ruedutheatre.info
Entre chats,
Les Totors et Compagnie
Mise en scène de Claudie Dewynter
Avec Olivier Parolini
Lumières de Nicolas Dewynter
Festival Off Avignon Théâtre Golovine - 1, rue Sainte-Catherine
Réservation 04 90 86 01 27
Du 7 au 30 juillet – 14h30, relâche les 17 et 24 Tarifs : 13 / 9 / 5 €