STRIKE, OU LE RIRE MILITANTThéâtre burlesque et muet, Strike, de la compagnie Fiat Lux, devrait s’imposer comme l’incontournable spectacle clownesque de ce festival.
Des clowns sans nez rouge ni maquillage, pour un souffle de folie à la Buster Keaton ! Deux bancs, un distributeur de boisson, une borne de compostage. Déjà, le génie du décor : de l’apparente simplicité surgit le cadre, un quai de gare, entre Paris et Londres. Microcosme voyageur où se croisent toutes les couches de la populatio, d’un duo de vieilles « ladies » aux charmantes gambettes à un businessman apoplexique, en passant par des touristes écossais et autres sans-papiers pleins d’espoirs de liberté et de monde meilleur. Un quai de gare, donc. Et un train qui n’arrive pas. L’occasion de mettre en espace un ballet comique incroyablement bien orchestré. Des cascades en séries, des chutes, des colères, des chorégraphies…

Didier Guyon prouve ici que le théâtre peut se faire sans mot. Un théâtre universel pour un genre qui ne souffre ni l’approximation ni la médiocrité. Mais Guyon évite, apparemment sans peine, ces deux écueils. Les rouages de son spectacle, encore tout jeune, tournent déjà avec le minutage parfait des vieilles horloges suisses. Lumières, musiques, cascades, moments de folie, instants de répit se répondant dans une surprenante unité. Et puis, l’ensemble ne cède jamais à la facilité. Le jeu des comédiens n’est jamais surfait, la mise en scène toujours savamment dosée. Parfois survoltée, parfois plus douce, elle est le cœur du spectacle. Le balancier de l’horloge sans lequel rien ne pourrait plus fonctionner. Et ici tout fonctionne très bien. Les idées fourmillent, les actions se font parfois en avant et arrière-scène de manière concomitante, la surprise est régulièrement au rendez-vous. Et le rire l’emporte toujours.
Mais si le rire est le maître mot du spectacle, reste que celui-ci n’est pas stérile. Il est ici mis au profit d’un message plus profond. Plus engagé aussi : la situation des sans-papiers, en France et en Europe. Fiat Lux nous dépeint avec humour des situations pas toujours aussi risibles que cela : la peur de l’autre, l’égoïsme, le sens du partage, les profiteurs, les a priori, la mesquinerie. Un message de tolérance et de respect d’autant plus fort qu’inattendu. Et présenté dans un souffle irrésistible de bonne humeur.
Karine PROST
www.ruedutheatre.info
Strike, de Didier Guyon – cie
Fiat LuxAvec Pascal Cariou, Fabien Casseau, Mélanie Del Din, Didier Guyon, Isobel Hazelgrove, Pascal Orveillon et Dominique Prié
Bande son : Alain Richard, création lumière Yannick Tanguy, composition rythmique J-Luc Ronget
Tous les jours à 13h au Théâtre du Chêne Noir du 6 au 30 juillet.