PÉRICLÈS, PRINCE DES NUITS DE FOURVIÈRETout commence comme un conte de fée: les Nuits de Fourvière, le petit amphithéâtre de l’odéon à nouveau prêt à accueillir des spectacles et Shakespeare en plein air avec
Périclès, Prince de Tyr. Puis dès les premières minutes le spectateur comprend que le conte de fée se réalise et qu’il a la chance d’assister à l’une des représentations d’un chef d’œuvre. Immédiatement la mise en scène nous immerge dans l’univers shakespearien, un cortège funèbre traverse l’amphithéâtre et la chaleur de la troupe envahit les spectateurs. Les comédiens sont accompagnés des musiciens et, dès cette entrée, le metteur en scène introduit avec élégance le foisonnement du théâtre de Shakespeare.

Du cercueil posé sur scène surgit la troublante et grandiose comédienne Marief Guittier qui interprète le rôle du poète, conteur des aventures de Périclès. Le comédien Grégoire Monsaingeon incarne Périclès de manière fascinante en réussissant à faire du prince un être fragile, dépassé par les évènements, mais incroyablement touchant par son humanité. La direction des comédiens est parfaite, tous sont brillants et justes. Le décor est simple, presque modeste, une scène en plancher, en arrière-plan un échafaudage divisé en trois parties avec de grands rideaux blancs permettant de représenter les différentes villes dans lesquelles le Prince séjourne. Cette scénographie oscille entre le théâtre Elisabéthain et chinois, ce qui permet d’alléger les changements de lieu permanents tout en conservant l’exotisme nouveau de chaque scène. Les éléments du décor permettent de conférer au propos une dimension intemporelle, le metteur en scène abolit le réel à travers l’objet.
La plus belle trouvaille de Michel Raskine est sans aucun doute d’avoir fait de la pièce un spectacle total, où la musique se mêle aux mots, où l’espace temps est indéterminé et donc ouvert à l’infini. Le choix de faire de Périclès un homme blessé par la vie est très judicieux. Le metteur en scène fait de la fille de Périclès le personnage le plus « royal », elle acquiert une puissance infinie à travers les mots, elle sauve sa vie grâce au langage alors que c’est justement les mots qui ont manqué à son père le Prince et qui l’ont conduit à sa perte. La pièce apparaît comme un mélange subtil de poésie, de tragédie, de comédie où l’humour et la dérision sont omniprésents. L’âme du théâtre shakespearien est transcendée par la mise en scène audacieuse et la vivacité des comédiens, certaines scènes méritent même l'anthologie. Sous l’orage lyonnais, le spectateur patient a attendu que le spectacle commence, il a espéré et, lorsque tout a commencé, il a cru rêver…
Audrey HADORN (Lyon)
Périclès, Prince de Tyr, de William Shakespeare
Mise en scène Michel Raskine
Avec Guillaume Bailliart, Anna Benito, Grégoire Monsaingeon, Marief Guittier, Cécile Bournay...
Vu dans le cadre des Nuits de Fourvière.