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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Viel chante Brel (Paris)

LAURENT ET THIERRY, PAR AMOUR POUR JACQUES…

Loin de l’imposture « brelienne » de Florent Pagny, Laurent Viel et son acolyte, l’admirable Thierry Garcia, nous font revivre et oublier en même temps le grand Jacques. Drôle, émouvant, bouleversant, et dans un respect total du texte, ce spectacle est tout simplement magistral.

Non, « Quand on a que l’amour », « Ne me quitte pas » et « Amsterdam » ne seront pas au rendez-vous. Madeleine non plus ne viendra pas. Les incontournables, servant de faire-valoir qualitatif aux tours de chant des Kaas, Dion et autres Hallyday qui les hurlent sans les comprendre, ne seront pas au programme. Pourtant, toutes les chansons ou presque nous sont connues. Moins que ces quatre-là, mais elles résonnent en nous comme un écho plus ou moins lointain. Et charrient, justement parce qu’on les redécouvre un peu plus que les « tubes », toute leur force émotionnelle, toute leur puissance textuelle au service de laquelle Laurent Viel va se jeter corps et âme. Oubliez Brel si vous n’aimez pas son style expressionniste et redécouvrez avec Laurent « La chanson des vieux amants », « La Fanette». C’est tout simplement bouleversant.


Un chanteur et un comédien


Car Laurent Viel, c’est tout d’abord une voix. Modulable à l’envi. Capable de s’emparer de n’importe quel texte pour le transcender, le faire sien. Mieux encore : pour faire oublier l’original, dont ne restent parfois que les mots. Ces mots avec lesquels on vit, on vibre avec lui. Mais aussi avec lesquels on rit. Brel faisait rire. Avec ses « Bigottes » (à condition de ne pas être grenouille de bénitier et locataire de ces usines à mensonges habitées par un « flic sacerdotal » qui n’existe pas où les cloches sonnent mais aussi prient à s’en faire péter les rotules). Avec sa version efféminée des «Bonbons » à l’Olympia en 66, qui lui vaut aujourd’hui d’être taxé débilement d’homophobie. Laurent Viel va nous faire hurler de rire avec «Varsovie », « Vesoul » en osant au-delà de l’audace. Et ça passe comme passent les chants d’amour. Amours amicales (le sublime « Fernand »), amours séparées (le tétanisant « Orly »), amours retrouvées (avec «Mathilde », bien sûr). Ça passe car la sincérité est totale et le jeu puissant.

Car en plus, il joue. Admirablement. De son physique autant que de l’énorme potentiel qu’offrent les textes de Brel. Bien sûr, dévoiler les « trucs» serait sacrilège, car la surprise est aussi énorme qu’impensable est le trait d’union que trace l’artiste entre l’univers de Brel et tous les autres. Mais au fond, et c’est probablement ce que Laurent et Thierry réussissent à montrer le mieux, l’univers de Brel est multiple. Les spectacles qui lui sont consacrés en ces temps de commémoration (30 ans déjà qu’il dort aux Marquises) le prouvent bien. En se détachant de lui, ces deux-là nous le rendent plus proche encore. Plus accessible. Sans jamais le trahir. Sans jamais le singer. Sans chercher à le faire revivre. Juste en lui disant « je t’aime » à leur manière.

Franck BORTELLE (Paris)

 

Laurent Viel chante Brel
Conception : Laurent Viel et Xavier Lacouture
Avec : Laurent Viel et Thierry Garcia

Théâtre de l’Essaïon,
6 rue Pierre au Lard 75004 Paris (Métro Hôtel de Ville ou Rambuteau)
A partir du 4 février 2009
Tous les mercredis et jeudis à 19h45

Réservations : Fnac, Virgin, et points de vente habituels
Par téléphone au 01 42 78 46 42

Renseignements : www.myspace.com/laurentviel

Durée : 1h30 environ
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C
J'ai vu ce spectacle cet été à Avignon. Je confirme totalement ce qu'écrit Franck Bortelle. Ce spectacle est une pure merveille. A ne rater sous aucun pretexte.
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