VU D'AFRIQUE OU UNE EXPLORATION RECIPROQUE Comment un cliché - celui du "Noir"- peut en cacher un autre - celui du "Blanc"- et comment on s'aperçoit, avec humour, de l'indécrottable narcissisme de l'Européen colonisateur. Tout commence par le parcours chanté et rythmé d'une sorte de bateleur emmenant le public vers la salle où il proposera une version haïtienne d'un monologue de Dario Fo qu'on jurerait écrit spécialement pour lui. Mais le griot n'est-il pas un personnage ancré dans la culture africaine ? Et l'histoire est universelle (et éternelle) puisqu'il s'agit d'un puissant qui spolie de sa terre un paysan, lequel, suite à une rencontre décisive, va se transformer, se révolter et propager autour de lui sa parole de résistance à l'oppression.

Zéphyr Brunatche a le rythme et le don d'expression de tout un corps dont il joue comme d'un instrument, une formidable présence aussi, une santé contagieuse. De quoi nous mettre en condition d'entendre ensuite la voix particulière venue d'un autre continent, des paroles qui ne nous ménageront pas, nous les "papalagui"…(un papalagui en haïtien, c'est l'homme blanc). Olindo Bolzan, qui connaît bien Dario Fo, en a assuré la mise en scène.
Deux pièces pour un même thème et deux formidables acteurs haïtiens On doit à la création du Festival des Quatre Chemins en 2003, et à sa récurrence, l'émergence d'un Collectif :"Nous", ainsi que d'artistes haïtiens de valeur. Des échanges permanents avec la Belgique, concrétisent une volonté de partage et d'échanges enrichissants pour tous.
"Le Papalagui" est l’adaptation libre d'une œuvre curieuse de l'Allemand Erich Scheurmann. On ne sait trop s'il faut croire sur parole le récit de voyage de cet explorateur du début du XXe siècle qui aurait rencontré un voyageur, Toulavii, chef polynésien venu de ses îles lointaines pour visiter les états européens et dont il aurait noté les impressions.
De toute manière, l'adaptateur, François de Saint-Georges, a laissé libre cours à sa fantaisie pour proposer, avec le metteur en scène Pietro Varrasso, une version théâtrale qui se joue de la véracité, puisque proposée comme la tentative d'un pseudo-savant, Scheurmann, de promener sa découverte de salle en salle… de spectacle.
En l'occurrence la découverte c'est donc celle de Toulavii, chef de tribu samoane, que Scheurmann veut faire interpréter par un tirailleur sénégalais sceptique, peu enthousiasmé par le projet et qui du reste, en profite pour lui asséner quelques vérités bien senties. Ansou Diedhiou (Haïti) et Eugène Egle-Corlin (Belgique) forment un étonnant duo contrasté et font passer avec brio un texte un peu trop touffu parfois.
Suzane VANINA (Bruxelles)
À La Balsamine du 3 au 21 février 2009, 20 h 30 (32(0)2.735.64.68 –
www.balsamine.be)
"Naissance du Jongleur"
Texte : Dario Fo
Mise en scène : Olindo Bolzan, assisté de Albert Moléon
Interprétation : Zéphyr Brunatche
"Le Papalagui"
Texte : Eric Scheurmann,
Adaptation théâtrale : François de Saint-Georges
Mise en scène : Pietro Varrasso assisté de Olivier Boudon et Abdel Bellabiad
Interprétation : Ansou Diedhou, Eugène Egle-Corlin
Scénographie : Olivier Wiame
Film : Olivier Boudon
Musique: Vincent Cahay
Lumière : Xavier Lauwers
Costumes : Odile Dubucq
Masque : Christine Grégoire
Coproduction : La Charge du Rhinocéros"/Cie "Projet Daena"/Festival des Quatre Chemins/Théâtre de La Balsamine/C.C. d'Arlon/ Zuiderpershuis d'Anvers
Photo © Véronique Vercheval