Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
PALE RAINBOW
D’abord pièce de théâtre puis film underground estampillé « culte », « Beautiful thing » débarque en France. Une arrivée remarquée pour un spectacle loin d’être remarquable, en dépit des hourras qu’il récolte. Trop de réglages persistent pour que l’on ne crédite ce désastre que sur un évident manque de travail. Y’a-t-il un metteur en scène en coulisse ?
Un décor qui se veut celui d’une coursive d’immeuble de la banlieue londonienne. Trois appartements. Celui où Leah vit par procuration en idolâtrant une chanteuse décédée. Celui où Jamie cohabite avec sa mère, barmaid dont la vulgarité semble sonner comme un pléonasme au regard de son métier. Enfin celui de Ste (Steve apocopé) qui subit bastonnades et raclées à répétition d’un père à l’éthylomètre au zénith en permanence. Tout ce petit monde vivote à la manière de Loren et Mastroianni dans « Une journée particulière » sauf que les amours qui se révèlent ici sont homosexuelles. Sauf surtout que personne n’a finalement pas grand chose d’intéressant à se dire.
Mais c’est bien connu, ce n’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer… L’apophtegme dont Audiard avait fait un film pourrait servir d’accroche à ce spectacle aux dialogues en courant d’air et à la sidérante vacuité. Certes, le personnage de la mère parvient, grâce aussi à l’interprétation truculente de Tadrina Hocking, à drainer un certain intérêt par le biais de quelques répliques plutôt drôles, même si souvent plombées par des impressions de déjà entendu des dizaines de fois car utilisant la technique éculée de la polysémie de certaines expressions. Mais hélas, c’est le seul des cinq personnages à avoir quelque chose à défendre.
Comédiens livrés à eux-mêmes
Doublée de cette indigence, l’interprétation plutôt désastreuse de l’ensemble. Ivan Cori parvient à quelques reprises à mener son personnage dans un registre plus excitant que ces vociférations dont il semble faire un concours avec son partenaire Matila Malliarakis, parangon de non-jeu qui confond vagissement et expressivité, à la manière du catastrophique Edouard Collin. Aude-Clémence Clermont mériterait d’être mieux dirigée pour affirmer son potentiel. C’est d’ailleurs l’impression générale que laisse ce spectacle : comédiens en roue libre et mise en scène déliquescente, éclatée, manquant de tenue et de rythme et qui rend insupportable les trois premiers quarts d’heure, avant qu’un semblant d’énergie ne vienne apporter un peu d’espoir. Lequel précède hélas un final grotesque avec lumignons de boite de nuit salué par des hourras qu’on taxerait volontiers de dangereusement amnésiques.
Et l’amour dans tout ça ? Et l’homosexualité naissance de ces deux jeunes tourtereaux ? Elle n’est qu’anecdotique, engluée dans du hors sujet. Pas la moindre poésie, pas la plus petite introspection dans l’univers de ces adolescents aux prémisses de leur découverte. Ca patauge en surface, c’est désespérément lisse avec la seule vulgarité pour signes ostentatoires de révolte. Pas de quoi hisser le flag arc-en-ciel. Ou alors en berne.
Franck BORTELLE (Paris)
Beautiful thing
De Jonathan Harvey
Mise en scène : Kester Lovelace assisté d’Amandine Raiteux
Traduction : Pascal Crantelle
Avec Tadrina Hocking, Simon Hubert, Matila Malliarakis, Aude-Clémence Clermont
Costumes : Stéphane Puault
Lumière : Richard Brousse
Vingtième Théâtre, 7 rue des Plâtrières, 75020 Paris (Métro : Ménilmontant)
Du 9 janvier au 1er mars 2008 du mercredi au samedi à 21h30, dimanche à 17h30
Réservations : 01 43 66 01 13
Durée : 1h50