TOUT FEU TOUT STRAMM Trois courtes pièces en huis clos pour une mise en scène sur les traces d’une œuvre originale et méconnue, tantôt sombre tantôt onirique, parfois cruelle, toujours poétique. Cinq comédiens qui troquent avec facilité une peau de dérangé pour une autre. Une découverte d’une écriture en quête d’autres formes, à la rencontre de l’univers étrange et intimiste d’August Stramm. Rudimentaires, premier épisode de l’univers ravagé de Stramm, est d’un réalisme cruel. Sur scène, un appartement moderne en longueur, des portes-fenêtres coulissantes laissent voir par transparence un couple dans son quotidien. La misère, le désordre, puis la folie. Entre les déchets, la vaisselle sale et les amas de fringues, un bébé mort est découvert. Pourtant pas de ton dramatique. Au contraire la situation tourne à la blague, les comédiens jouent dans le burlesque sur fond d’un humour noir franchement sadique. C’est un trio de cinglés, qui s’agite entre coup de gnôle, hallucinations, inepties et crises d’hystérie drolatiques. Un enchaînement de sketchs incongrus, absurdes et impitoyables.

Puis, la lumière s’assombrit, on passe à un tout autre registre . Un vent étrange siffle, enveloppant la scène d’un nuage onirique. On est au cœur du cauchemar de La fiancée des Landes, qui résonne comme un écho au fantasme de l’enfant du Roi des Aulnes : c’est un combat avec des fantômes aux voix serpentines, figures parentales malfaisantes qui tentent d’ attirer la jeune fille dans leur monde merveilleusement inquiétant. La claustrophobie s’installe, l’angoisse s’intensifie puis tout s’évapore subitement laissant place à la torpeur d’une angoisse nocturne.
L’énigme tourne carrément au délire dans le dernier acte de la mise en scène. Forces est un scénario loufoque, deux couples où les partenaires s’échangent et mènent une danse perverse orchestrée par Dominique Reymond, maîtresse de maison irrésistiblement démoniaque qui terrorise à la maisonnée à coups de rires hystériques. Les dialogues syncopés laissent les personnages se comprendre à demi-mots, communiquent dans une espèce poésie psychotique surréaliste au service de scènes désopilantes. Reymond met le paquet dans la déjante, la pièce s’éternise, l’histoire qui vire au morbide ne semble jamais se finir...La lenteur du détraquement joue avec nos nerfs mais ce comique d’usure sur fond de cruauté a quelque chose de savoureux. En réhabilitant Stramm, Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma signent là une mise en scène et une scénographie hors du commun entre du rêve agité et farce noire.