Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
LOST IN ADAPTATION
La vie est-elle une comédie ou une tragédie ? La même histoire peut-elle donner lieu à deux traitements scénaristiques différents ? C’est sur ce postulat que s’ouvrent le film allénien et la pièce qui en est adaptée. Les résultats sont toutefois loin d’être homogènes… Verdict ?
New-York. Melinda, déboussolée, fait irruption dans un dîner mondain. Son intrusion suscite une interrogation : une même histoire peut-elle être présentée selon les deux facettes complémentaires mais opposées que sont la tragédie et la comédie ? Une dichotomie qui permet de mettre à jour d’un côté la tentation de l’infidélité, de l’autre l’exquise passion amoureuse. Mélinda, c’est la métaphore de l’érosion des sentiments et de la difficulté à communiquer. La preuve par l’exemple que si le monde est empreint de tristesse, on peut toujours y trouver de la joie.
Deux intrigues parallèles se mettent en place, donc, dont Mélinda est le seul personnage commun. Mélinda, le prétexte à une interrogation passionnante : une même histoire peut-elle bénéficier de deux traitements génériques différents ? Peut-elle être observée à la fois sous l’angle de la comédie et sous celui de la tragédie ? Celle qui n’existe pas, celle qui naît de l’imagination de deux protagonistes permet de démontrer que par les vertus combinées du scénario, de la direction d’acteurs et de la mise en scène, on parvient à faire de deux histoires interchangeables deux objets distincts.
Mauvais Allen
Dans une vertigineuse réflexion méta-cinématographique, Woody Allen conférait à son objet cinématographique – bien que frôlant le concept - une force réflexive surprenante. Qu’en est-il sur les planches ? Ici, on tombe dans un exercice pédance et banal, à l’esthétique surannée et aux répliques qui sonnent faux. Seule Marie-Frédérique Habert (Mélinda) tire à peu près, on peut le dire, son épingle du jeu. Routinière et sans magie, cette adaptation est à la limite du bâclé. La Woody’s touch perdue, ne demeurent qu’une logorrhée verbale maladroite et un impalpable sentiment de malaise.
Il a été dit de Woody Allen qu’il ne survivrait pas hors de Manhattan. Pierre Valmy, metteur en scène de cette bien décevante adaptation, vient de nous le prouver.
Faustine AMORE (Paris)
Vingtième théâtre
7 rue des Plâtrières
75020 Paris
Tél : 01 43 66 01 13
Du 7 novembre au 31 décembre 2008 (sauf 24 et 25 décembre)
Du mercredi au samedi à 19h30 et dimanche 15h
Adaptation, mise en scène : Pierre Valmy
Co-adaptation : Jacqueline Cohen
Interprétation : Marie-Frédérique Habert (Mélinda), Géraldine Azouelos (Susan), Marie Gamory (Laurel), Catherine Hamilty (Cassie), Jorge Tome (Ellis), Eric Missoffe (Hobie)
Décor : Gérard Malabat
Costumes : Catherine Lainard
Lumières : Philippe Sazerat