Critique à venir
Violette sur la terre, de Carole Fréchette
Mise en scène : Maxime Leroux
avec Maryline Even (Marie-Jeanne) Vincent Jaspard (Paul) Juliette Marcelat (Violette) Olivier Saladin (Etienne) en alternance avec Maxime Leroux (les 27 avril, 6,10,13,14 et 18 mai) Emilie Wiest (Judith)
Assistante mise en scène Maud Ivanov, Musique Gérard Manset, affiches et toiles peintes Joseph Leroux, Régie générale Sébastien Beliard.
Production JRV Production co-production Le Nouveau Festival Octobre en Normandie, La Coursive – Scène Nationale de la Rochelle, Le Rive Gauche - scène conventionnée pour la danse de Saint-Etienne-du-Rouvray. Co-réalisation Théâtre 13.
Présenté en partenariat avec FIP et en collaboraton avec le Centre Culturel Canadien
Durée du spectacle 1h50 sans entracte
Rencontre dimanche 21 mai à 17h30 (à l’issue de la représentation) Avec Maxime Leroux, Carole Fréchette (sous réserve) et toute l’équipe artistique de Violette sur la terre (entrée libre).
Notes de la compagnie : Ce texte entre ombre et lumière, profondément humain et attachant, touchant et drôle à la fois, est une commande de trois théâtres de villes minières du Nord de la France et du Québec. Carole Fréchette, auteur majeur de la scène théâtrale québécoise, s’est inspirée de ses rencontres avec les habitants de ces régions, des paysages miniers, de la vie de ces « vrais gens » pour retracer au théâtre l’univers difficile de ces terrils abandonnés aujourd’hui, qui laissent place au chômage, à l’inactivité, à la solitude. Raconter la dure réalité d’une communauté à qui tout a été enlevé quand les mines ont fermé, mais qui a gardé malgré tout « la ténacité, la vitalité, le courage » et l’humour salvateur. Raconter comment on peut continuer à vivre là où plus rien ne pousse, là où tout n’est qu’abandon et résidu, à une époque où le chômage, la précarisation et la marginalisation touchent de plus en plus de gens.
Résumé
Une nuit de juin, dans le nord du Canada, sur le carreau d’une mine abandonnée depuis cinq ans, quatre personnages vont rencontrer tour à tour une mystérieuse femme avec un drôle de chapeau. Elle s’appelle Violette et elle ne parle pas. Intrigués, ils vont revenir, lui parler, se livrer, se dévoiler, tenter de l’apprivoiser, et jeter sur elle leurs doutes, leurs angoisses, leurs désirs, leurs fantasmes. Paul, ancien mineur handicapé qui rêve de refaire sa vie avec une femme, Etienne, dynamiteur retraité et syndicaliste en colère qui veut tout faire péter, sa femme Marie-Jeanne, qui rêve de partir dans les pays chauds pour oublier les enfants qu’elle n’a pas pu avoir, et Judith, qui ne sait pas quoi faire de la vie qu’elle porte peut-être en elle : tous les quatre vont sortir peu à peu de leur solitude, se rencontrer, se heurter, se parler, retrouver la joie de vivre autour de cette femme énigmatique et silencieuse, qui les écoute. Mais qui est Violette, d’où vient-elle, où va-t-elle ? Pourquoi a-t-elle décidé de s’arrêter ici ? De se taire ? Quelle réponse pourra-t-elle donner à toutes leurs questions ?
Ces figures populaires sympathiques et attachantes que la vie n’a pas épargnées
Violette sur la terre, c’est l’histoire de quatre personnages, Judith, Paul, Etienne et Marie-Jeanne, d’âges différents (vingt, trente et cinquante ans), que nous avons tous rencontrés un jour dans notre quotidien : Judith, l’adolescente délurée et surexcitée, Paul, le romantique un peu kitch, Etienne, le révolté toujours prêt à s’emporter, Marie-Jeanne, la « p’tite bonne femme » qui rêve d’une autre vie. Ces figures populaires sympathiques et attachantes que la vie n’a pas épargnées vont nous emmener du rire aux larmes, de l’ombre à la lumière, du monologue introspectif à la grande scène burlesque finale, à la découverte d’un cinquième personnage : Violette. S’ils retournent cette nuit-là sur le carreau de la mine, ce n’est pas un hasard... Vers huit heures trente, Paul, estropié suite à un accident d’éboulement, a soudain besoin d’aller prendre l’air sur ce terrain vague ; Marie-Jeanne suit son mari Etienne à qui elle ne parle plus, pour savoir ce qu’il prépare tous les matins à l’aube ; Judith est conduite là vers une heure et demi du matin par son petit ami Eric pour faire l’amour. Dans le noir, ils entendent tous un bruit, une respiration ou des pleurs : une vie s’est installée dans ce terrain vague plein de terre et de résidus, là où il n’y a plus de travail, plus d’espoir, plus de réponse, plus de lumière.
Par les mots, tisser les liens d’une communauté qui ne sait plus communiquer
Violette est là : seule et silencieuse. Elle ne communique plus qu’en empruntant les mots des autres. Elle a pris conscience de l’inanité du langage : « tout sonnait faux ». Silencieuse, elle peut devenir l’accoucheuse d’âmes auprès de qui tous se confient, se révèlent, se découvrent. C’est par les mots et leur pouvoir libérateur que Violette tisse malgré elle les liens d’une communauté qui ne sait plus communiquer : Marie-Jeanne et Etienne ne communiquent plus que par des petits bouts de papier sur la table de la cuisine, Etienne essaie en vain d’écrire sa révolte sur des petits papiers roulés qu’il enroule à des drapeaux, Paul, que sa femme a quitté, essaie d’écrire ses sentiments dans un cahier, Judith, elle, parle trop, se vide comme un robinet de son trop plein de mots. Ils tentent tous de « retrouver les mots » comme on retrouve un sens à sa vie. Dans un deuxième temps, Violette devient le moteur de leur évolution : Paul veut vivre avec elle ; Etienne la désire ; Marie-Jeanne veut partir avec elle vers le Sud ; Judith attend d’elle une conduite pour l’avenir. A la fin, elle les rassemble malgré elle pour une fête improvisée, où ils mangent, boivent et chantent ensemble le Temps des Cerises. Clin d’œil révolutionnaire ou chanson d’amour ? Peut-être un peu les deux... Quoiqu’il en soit, s’ils n’ont pas changé le monde, ils ont au moins chanté ensemble.
Carole Fréchette
"A l’été 1999, le Théâtre du nouvel Ontario, le Théâtre du Tandem et Théâtre en scène, trois compagnies situées dans des régions minières, m’ont proposé d’écrire une pièce inspirée par l’univers de la mine. J’ai accepté de me lancer dans cette aventure à la condition de pouvoir poser en toute liberté mon regard d’étrangère sur ce monde que je connaissais pas. Quelques mois plus tard, j’ai effectué de courts séjours à Loos-en-Gabelle, à Rouyn-Noranda et à Sudbury pour m’approcher des gens qui ont vécu ou vivent toujours de la mine, pour les regarder, les écouter, m’imprégner des paysages qui les entourent. J’ai rencontré une trentaine d’hommes et de femmes de tous ages qui m’ont parlé de leur vie avec une générosité qui m’est allée droit au cœur. Si leurs histoires précises ne se sont pas retrouvées dans cette pièce - tel n’était pas mon projet - leur ténacité, leur vitalité, leur courage, leur humanité ont constitué la matière première de « Violette sur la Terre » ; leurs témoignages ont été le roc duquel j’ai tenté d’extraire le précieux minerai. Je les remercie d’avoir bien voulu partager avec moi des moments de leur vie."
Carole Fréchette

Née en 1949, Carole Fréchette est québécoise et vit à Montréal. Après une formation de comédienne à l'École nationale de théâtre suivie d'une maîtrise en art dramatique à l'université du
Québec, elle fait partie du Théâtre des Cuisines comme comédienne et auteur jusqu'au tournant
des années 1980. Parallèlement, elle touche à plusieurs facettes de l'activité théâtrale : enseignement, organisation de festivals, critique, service théâtre du Conseil des arts du Canada, animation de plusieurs ateliers,... Elle se consacre maintenant à l'écriture. Sa première pièce solo, Baby blues, a été produite au Théâtre d'Aujourd'hui à Montréal en 1991. Elle a obtenu le Prix du Gouverneur général du Canada en 1998 pour sa pièce Les quatre morts de Marie, puis le Prix Chalmers pour la création de cette même
pièce en version anglaise à Toronto. Le 12 juillet 2002, Carole Fréchette a reçu à Avignon le prix de la Francophonie décerné par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD). C'est également en 2002 qu'elle signe Violette sur la terre. Nombre de ses pièces sont produites dans divers pays notamment au Canada, en France, en Belgique, en Allemagne, au Mexique. Elle a été auteur en résidence à Paris au Théâtre Artistic Athévains et au Théâtre Gérard Philipe-Centre dramatique national de Saint-Denis en 1997 et 1998.