DES FEMMES, DES FORMES ET DES CATHÉDRALESPrécipité dans un décor hors norme, qui respire l'authenticité, le spectateur glisse son modeste petit pied dans le grand monde de l'Art, en l'occurrence du maître Rodin. Paradoxe ou non, aucune pompe ni apparat dans cette mise en scène assurée par Christophe Luthringer.
Nous sommes à Meudon, dans l'atelier du sculpteur, le 12 mai 1906. Fidèle à l'histoire, la pièce est subtilement mise au goût du jour. La vie, invoquée à tous égards, Rodin la cherche, Rodin la trouve!

Crédit photo : © Julien Mingot
Incarné par un Santini qui le joue avec brio, il exalte la matière et savoure de tous ses sens les courbes de la femme, don de la nature. Cette femme, c'est Marie, son modèle. Peut être parce que le texte a jaillit de sa propre plume, Françoise Cadol semble habitée par ce rôle... jusqu'à la pointe des pieds! Double révérence! Contrastant avec la fluidité de ces deux corps, la rigidité de Rilke est frappante. C'est Steve Bedrossian, un accent allemand sous la langue, qui interprète ce rôle du secrétaire de l'artiste. Malgré son caractère dépressif, Rilke séduit Marie. Son mystérieux pouvoir? De ses doigts de poète, il sculpte les mots. Désir, séduction, caresses franches ou frivoles, arrosé d'un humour servi sans une once de vulgarité. Le jeu comme les répliques surprennent. Le sourire s'impose, le rire en sort vainqueur. Pourtant, ici, érudit ou non, on philosophe! De sa large silhouette, Rodin saisit le spectateur par la main - quelle envergure, quelle présence que ces mains!- et voici que sans crier gare, la passion conquiert tout ce qui vit. Pas un souffle, pourtant, n'émane de ces bouts de corps sculptés qui habitent la scène. Qu'importe, quelque chose respire au dedans... si l'on tend l'oreille.
Une création plastique originale, où terre, plâtre et croquis prennent vie sous les yeux du spectateur et, « si c'est bon tant mieux, sinon, à la poubelle! » Embarquer rue Mouffetard, cette sentence à l'esprit? Non! La pièce est bonne, et c'est tant mieux!