Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
NOCES BARBANTES
Une comédie musicale ni drôle ni originale sur le plan mélodique, des chanteurs qui savent chanter mais jouent comme des seringues, un scénario plutôt astucieux mais sacrifié sur l’autel de la vulgarité d’un dialogue débile, tel est le cocktail nauséeux qui attend le spectateur. Au secours !
Le jour de son mariage, Alex hésite, persuadé que son déterminisme génétique rendra sa promise malheureuse. Pour se faire assister dans ce dilemme, il convoque sa mère défunte et sa fille pas encore née mais qui deviendra mère à son tour. Mais finalement, il convolera en justes noces avec le grand amour de sa vie.

En dépit d’un fond archi rebattu (la panique du futur marié et son entourage trop prévenant et qui ne fait qu’accroître son malaise), le scénario de ce spectacle réserve quelques originalités et rebondissements, de l’état fantomatique de la mère aux affrontements intergénérationnels en passant par l’absurde de certaines situations. Avoir voulu mettre tout cela sous la forme d’une comédie musicale ne s’avère en revanche pas la plus élégante des trouvailles car c’est là que le bât va sérieusement blesser.
Avec l’obscénité en prime
Musicalement, ce sont de sirupeuses mélopées qui dégoulinent de la bouche des chanteurs (vocalement doués, pourtant), avec des accords très souvent piqués chez Michel Berger. Les textes oscillent ici entre débilité profonde et obscénité, dignes des pires spectacles musicaux qui déferlent sur le show-biz depuis des années. Longueur de pénis et propos philosophiques à deux balles truffés de grossièretés dont même TF1 ne voudrait pas, voilà ce qui attend le spectateur. Ajoutés à tout cela, des chanteurs qui ne sont pas du tout dans leur élément dès qu’il s’agit de jouer, à commencer par Camille Turlot qui prouve en une heure et demie qu’il est aussi mauvais comédien qu’auteur, puisqu’il a aussi commis cet ersatz de comédie musicale à l’anglo-saxonne.
La mièvrerie du propos, l’effroyable indigence textuelle finissent d’achever cette apologie du mariage aussi improbable que grotesque. Les spectateurs ne sont guère à la noce, souvent préférant s’éclipser avant la fin (ce fut le cas ce 23 novembre, en tout cas) ou s’endormir sur les moelleux fauteuils du théâtre 12 en attendant que finissent d’en découdre ces artistes qui, pour la plupart, mériteraient mieux que cette démonstration de laideur.
Franck BORTELLE (Paris)
Epouse-moi !
Comédie musicale de Camille Turlot et Eric Szerman
Livret et paroles : Camille Turlot
Musique : Eric Szerman
Mise en scène : Patrick Alluin assisté de Caroline Poncet
Costumes : Alain Blanchot assisté de Guillaume Villette
Lumières : Eric Charansol
Avec Camille Turlot, Isabelle Turschwell, Nathalie Macé ,Virginie Bracq et Cyril Barbessol au piano
Théâtre 12, 6 rue Maurice-Ravel, 75012 Paris (Métro : Porte Dorée ou Porte de Vincennes)
Réservations : 01 44 75 60 31 ou 08 20 81 11 11
Du 13 novembre au 14 décembre, du jeudi au samedi à 20h30 et le dimanche à 17 heures
Durée : 1h25