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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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La Controverse de Valladolid (Paris)

DIEU QUE C’EST LOURD !


Le texte éblouissant de Jean-Claude Carrière, dont avait magistralement tiré parti Jean-Daniel Verhaeghe pour la télévision en 1992, est ici le seul atout de ce spectacle mollasson qui pêche essentiellement par une interprétation assez désastreuse.


Au XVIe siècle, quelques décennies après la découverte de l’Amérique par les Espagnols, le Pape convoque une assemblée pour débattre sur la question des indigènes indiens dont les colons ont fait leurs esclaves dans la barbarie la plus totale. Ces êtres vivants peuvent-ils prétendre au statut d’hommes au sens où l’entend l’église ? La « dispute » ainsi qu’est nommé le débat auquel assiste le spectateur, oppose un professeur aux doctes arguments en défaveur des esclaves et un moine ayant vécu parmi eux et qui leur accorde les mêmes prérogatives morales et humaines qu’aux chrétiens de l’Ancien monde.


Jean-Claude Carrière, le scénariste de plus de cinquante films parmi lesquels quelques chefs d’œuvre (« Le Charme discret de la bourgeoisie » de Bunuel, « Danton » de Wajda), beaucoup de films historiques (« Le retour de Martin Guerre » de Vigne) et même quelques comédies (« Milou en mai » de Malle) signe avec « La Controverse de Valladolid » un puissant brûlot contre l’esclavage et l’hypocrisie religieuse. Les  argumentations des deux protagonistes articulées autour de la chrétienté prennent valeur de piques assassines notamment quand l’homme d’église se trouve attaqué sur son propre terrain sans autre possibilité que de garder le silence face à son adversaire. La magie des mots de Carrière rend palpable l’enjeu qu’induit cette confrontation de laquelle dépend la survie d’une race sur laquelle la supériorité autoproclamée d’une civilisation est érigée comme un postulat au nom du seul diktat chrétien, parangon absolu de sophisme.

Carrière ne suffit pas

Le monastère où se déroule l’action prend des allures de tribunal, ce que le texte de Carrière laisse également supposer. Incarner cette confrontation nécessite l’art de la nuance, de l’autorité, la force de persuasion dans les intonations. Autant de qualités dont est totalement dépourvu l’ensemble des comédiens. Maniéré jusqu’à la caricature, Vincent Duviau s’agite et se trémousse sur sa cathèdre sans jamais conférer à son personnage l’imposante stature qu’il est sensé pourtant incarner. Si Jean-Pierre Billaud ne buttait pas à plusieurs reprises sur son texte, on pourrait apprécier un peu plus son jeu auquel on sent qu’il parviendrait à insuffler l’énergie retorse et l’entêtement aveugle dont est perclus ce dogmatique professeur. Quant à Philippe Pierrard, monolithique jusqu’à l’excès, on ne le sent jamais impliqué dans la défense de ses idéaux et son interprétation récitative finit de plomber ce spectacle décidément bien lourd malgré la finesse de ses mots.

Une fois n’est pas coutume, mais on n’en vient, après ce désastreux carnage, à ressortir de sa DVDthèque la version télévisée où s’affrontaient Carmet, Marielle et Trintignant sous la direction de Jean-Daniel Verhaegue.


Franck BORTELLE (Paris)


La Controverse de Valladolid

Auteur : Jean-Claude Carrière

Mise en en scène : Eric Borgella

Interprétation : Philippe Pierrard, Jean-Pierre Billaud, Vincent Duviau, Massimiliano Verardi, Jean-Pierre Billaud, Diez Ethelberto, Laurianne Aguiiléra, Philippe Bourgogne

Costumes : Judith Hüsch

Au théâtre de Ménilmontant, 15 rue du Retrait, 75020 Paris (Métro : Gambetta)

Les 8, 13, 14 et 15 novembre à 21 heures

Réservation : 01 46 36 98 60
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