Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.
DEUX MALES EN PSY
Chris Orlandi est au cœur de deux spectacles qu’il a écrits et dont l’intrigue se déroule dans les milieux chers à Freud et Lacan. Un one-man-show franchemet drôle qui fonctionne très bien et une pièce à deux personnages beaucoup plus profonde que ne laisse supposer sa trame comique.
Tomber amoureux de sa psy, voilà un fait aussi potentiellement sujet à analyse que de s’éprendre, inconsciemment ou pas, de son papa. Mais lorsque c’est le même bonhomme qui incarne à la fois un être sain de corps et d’esprit et le malade qu’il fut, dans un montage alterné et surtout très énergique, ce sont surtout des fous rires qui se déclenchent. En truffant ses mots de calembours, Chris Orlandi réussit à faire passer un très bon moment à une salle auprès de laquelle, fait pas nouveau dans le one man show mais qui marche à tous les coups, il sollicite une totale interactivité. On peut juste regretter que ne soient pas explorés plus encore certains éléments du texte (le couplet sur la religion par exemple est stoppé un poil trop tôt) comme le faisait si magistralement Desproges, auquel Chris fait assez souvent penser. Enrobant dans de belles phrases des propos cinglants, iconoclastes et un tantinet misanthropes, il fustige avec l’élégance flegmatique du dandy footeux, starlettes interchangeables de la télé poubelle et autres têtes irrévocablement vides.
Suspens et comédie policière
Avec « Traitement de choc », nous sommes davantage dans le registre de la comédie policière comme l’induit exagérément l’affiche au demeurant fort réussie. Un patient attend tranquillement le docteur Fabre qui s’est absenté. Déboule une jeune femme qui se met à accoster puis rudoyer ce pauvre type qui lisait « Cyrano » sans rien demander à personne. Cette bimbo qui charrie tous les signes extérieurs de jeunesse (I-pod, téléphone portable, jeans troué et tutoiement au premier venu) harangue les principes éculés de ce rabat-joie engoncé dans son costard cravate. Que viennent-ils faire tous les deux dans cette salle d’attente ? Mystère.

L’écriture de ce spectacle s’avère beaucoup plus ambitieuse que celle du one man show, Chris Orlandi n’ayant pas hésité, par souci de véracité et d’honnêteté à faire appel à une vraie spécialiste du divan freudien pour ne pas risquer l’énorme bourde. Mais la psychanalyse ne sert que de fond à l’intrigue, la part belle étant accordée à la comédie pure. Dans le rôle du patient coincé et réfléchi, Orlandi fait merveille. Jouant avec beaucoup de finesse la fausse maladresse et la vraie névrose (ou l’inverse, allez savoir), il complète l’étendue de ses talents clairement entrevus dans la double prestation de son one man show. On espère en revanche voir très vite à ses côtés une comédienne digne de lui donner la réplique avec la fougue qu’induit le sujet, ce que de toute évidence son actuelle partenaire est incapable d’apporter à ce spectacle qui, malgré ce gros bémol, est gratifié d’applaudissements aussi nourris que mérités.
Un drôle d’Œdipe, cet Orlandi…
Franck BORTELLE (Paris)
Je suis fou de ma psy/Traitement de choc
Textes de Chris Orlandi
Mise en scène : Olivier Belmondo
Avec Chris Orlandi et Julie Cavanna
Théâtre du Petit Gymnase, 38 Boulevard Bonne Nouvelle, 75010 Paris (Métro : Bonne Nouvelle)
Locations : 01 42 46 79 79 ou www.theatredugymnase.com
Tous les lundis en alternance à 19h45 (Je suis fou de ma psy : 10 et 24/11, 8 et 22/12 ; Traitement de choc : 17/11, 1er, 15 et 29/12)
Durée : 1h15 (Je suis fou de ma psy) et 1h25 (Traitement de choc)
Photos : Franck BORTELLE