LE MANQUE DU DESESPOIR
Platz Mangel - ''Manque de Place'' -, nouveau spectacle de Christoph Marthaler, a investi la MC 93 avec une création où loufoquerie désespérée et séduction ne l'emportent pas toujours sur l'ennui. Dans une vaste scénographie hétéroclite mêlant mur d'escalade, télégraphe, terrasse ensoleillée, proue de bateau, cabines de peep-show, salle d'attente, clinique ou encore bureau de concierge, nous suivons une brochette de personnages. Issus d'une classe aisée, ces individus aux âges et aux silhouettes différents sont là en cure. « Elus » réunis dans l'institution médicale du Docteur Bläsi, ils participent à un vaste programme d'entretien et de recyclage de leurs organes avant une mort programmée. Nous suivons ainsi pas à pas la lente préparation des corps et des esprits, largement entrecoupée de loisirs et de fêtes.

De Schubert à Modern Talking La musique étant toujours intimement liée au texte et au théâtre chez Marthaler, la dramaturgie se base en grande partie sur de multiples morceaux, des « Lieder » classiques aux chansons populaires. « You can win, if you want », tube disco de Modern Talking ponctue ainsi l'ensemble de la pièce, chaque diffusion étant chorégraphiée par les DJ du groupe. Tous ces morceaux, interprétés avec virtuosité par les comédiens-chanteurs chers au metteur en scène, contribuent à distiller sentiments de trouble et d'absurdité. Un décalage inquiétant ou le cocasse naît régulièrement des frottements entre postures et paroles. Dans cette clinique aux projets plutôt sinistres où les chants populaires répondent aux questions existentielles des patients, nous baignons dans une atmosphère désabusée à la cruauté parfois terriblement drôle.
À partir des éléments caractéristiques de l'univers de Marthaler (musique savante et populaire interprétée avec la même force de séduction, costumes seventies, perruques, moustaches) s'élabore une succession de scènes, chacune s'étirant à son épuisement avant de céder la place à une autre. C'est souvent de l'exploitation totale de ces situations sans véritables résolutions que naît le sentiment de désespoir comique ou grinçant. Mais cette construction, basée en partie sur l'ennui induite par chaque scène, n'évite pas pour autant la transmission de ce même ennui. Et rien n'étant véritablement affirmé, le propos se fondant essentiellement sur les décalages à l'œuvre, on ne peut s'empêcher de considérer Platz Mangel comme une simple variation soignée. Un exercice de style raffiné, à la proposition scénique séduisante, mais au propos trop désinvolte et léger pour faire mouche.
Caroline CHATELET (Paris)
Platz Mangel
Mise en scène : Christoph Marthaler
Scénographie : Frieda Schneider
Costumes : Sarah Schittek
Lumières : Ursula Degen
Dramaturgie : Stefanie Carp, Malte Ubenauf
Répétitions musicales : Christoph Homberger, Jan Czajköwski
Avec Catriona Guggenbühl, Katja Holm, Bettina Stucky, Raphaël Clamer, Ueli Jäggi, Jürg Kienberger, Bernhard Landau, Josef Ostendorf, Clemens Sienknecht
Production Rote Fabrik Zürich, GMBH
Coproduction Wiener Festwochen, Migros Kulturprozent, Bitef Theatre-42BITEF08, Theater Chur-Suisse, Festival d’Automne-Paris, Théâtre Garonne-Toulouse, Théâtre de Nîmes, Théâtre National de Strasbourg
Du 16 au 19 octobre 2008, salle Oleg Efremov, MC93
MC93, Bobigny, www.mc93.com, 1 boulevard Lénine 93000 Bobigny
Métro Bobigny - Pablo Picasso
Photo © Dorothea Wimmer