Les souvenirs qui surgissent évoquent des images d’enfance. L’occasion d’un déménagement amène à manipuler une foultitude d’objets appartenant au passé. Ce sont eux les raconteurs d’histoire qu’accompagnent des voix off d’enfants en train de se poser des questions à propos de la vie et du monde. Fujio Ishimaru est, depuis toujours, un mime et un comédien délicat. Ce qu’il fait comporte énormément de tendresse et de chaleur humaine. Cette fois, il s’est abandonné à ses propres souvenirs. Le voilà Hana-Bi (allusion à un héros de polar japonais) au milieu de caisses en carton. Elles contiennent tout ce qu’il a emporté pour emménager dans une nouvelle demeure. C’est son passé qui est emballé. Il suffit d’ouvrir une des boîtes pour que surgissent des évocations de jeunesse.

Le geste se joint à la parole, elle-même complétée par des projections, des ombres chinoises. La voix réelle du comédien est relayée par celles de jeunes enfants. Elles disent des interrogations, elles énoncent des vérités innocentes. Elles frôlent l’essentiel de ce que l’existence pose comme énigmes.
De l’objet à la réflexion Symboliquement, le plateau devient le lieu de la rencontre entre vieillesse et enfance, du temps qui sépare les générations. C’est aussi le lieu de la famille dans sa durée, longue ou brève, avec ses séparations, ses retrouvailles, ses arrivées et ses départs. Au beau milieu du désordre des jouets, des habits, il y a la fragilité des choses et des êtres : certains sont cassés ou abîmés, certains fonctionnent encore pour un bref moment de jeu. L’éphémère d’autrefois rejoint celui du présent.
Cela ne manque pas d’un certain charme sans jamais tomber dans la nostalgie. Cela devient répétitif au bout d’un moment. Cela s’étire et on a tendance à quitter la scène pour plonger soi-même en sa propre mémoire. Pourtant, on devrait ne pas se laisser distraire. A-t-on réussi à formuler une définition de l’amour ? a-t-on compris les mystères de la naissance et le pourquoi de la mort ? Probable qu’il y ait trop d’objets, trop de mots, trop d’images pour qu’on suive tout ce qui se passe, tout ce qui s’énonce.