Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

Publicité

Exercice de style (Paris)

COUP DE CŒUR RUEDUTHEATRE

ZIZANIE DANS L’AUTOBUS

Avec une mise en scène ultra soignée et une direction d’acteurs sans la moindre faille, la Compagnie Minus&Cortex rend à Queneau un splendide hommage en misant sur son éminente modernité. Un spectacle fou, bigarré, inventif et d’une irrésistible drôlerie. Immanquable !

Ségolène Royal, avec sa « bravitude » lancée du haut de la muraille de Chine, serait-elle une enfant cachée de Queneau ? Sarkozy aurait-il puisé dans le terreau du génial surréaliste le matériau pour forger son aura de président nouvelle génération ? Allez savoir ! Avec Queneau, tout est permis, même les fautes de langage et les erreurs de style. A une condition toutefois, c’est de les commettre avec classe, rigueur et intelligence. Pas facile donc de se revendiquer le digne héritier de l’auteur de Zazie dans le métro


Un bus. Un voyageur au long cou, le chef couvert d’un galurin orné d’une tresse en guise de ruban. Echanges de quelques mots assez vifs avec le narrateur qui plus tard revoit cet individu en train de discuter avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus.

Franchement, y’a-t-il de quoi en faire toute une histoire ? Assurément oui et pas qu’une. Queneau a écrit cet épisode 99 fois. Différente à chaque fois. A chaque fois la même. On appelle ça de la variation paradigmatique. C’est un peu comme toute la carrière de Sardou. Ca parle toujours de la même chose. C’est chanté toujours de la même manière. Mais avec des mots différents. Que ceux qui n’ont pas encore découvert cet ouvrage délicieux se rassurent : c’est beaucoup plus drôle que du Sardou…



Royal, Sarko, Luther King…

Mais ce qui est encore plus drôle, c’est l’adaptation qu’en ont signée trois zigues de la Compagnie Minus & Cortex. Partant du postulat que Queneau est résolument moderne parce qu’indémodable, ils ont misé sur la télégénie de son phrasé. Ainsi, c’est un zapping, exercice de style télévisuel et apanage cathodique des temps modernes, qui sert de fil conducteur. Idéal pour balancer quelques phrases qui ont marqué l’histoire de l’humanité, de la fameuse « bravitude » citée plus haut au désormais classique « I have a dream » de Martin Luther King en 1963 ou encore au « Ce n’est pas avec l’insulte que vous arriverez à quelque chose » de notre président face aux pêcheurs en colère.

Surréalistes, ces petites phrases ? Au sens fort du terme, oui et hélas… Elles lient entre elles de très courtes saynètes qui s’enchaînent à un rythme étourdissant. Ca chante, ça mime, ça joue, ça déclame, ça danse, ça se vautre par terre dans un lamento aux élégies raciniennes à cause d’une traîne de robe récalcitrante (à mourir de rire), ça playback (virtuose !), ça lobotomise, ça miss-Francise (tordant) … Bref ça « surréalise » à tout va. Et ça récolte les fruits d’un travail monstrueux qui sait se faire complètement oublier. C’est magistralement professionnel, millimétré. Avec une mise en scène au cordeau et des comédiens proprement géniaux, c’est une heure de réjouissance totale que nous offre cette troupe généreuse qui a compris que l’à peu près et l’aléatoire n’ont pas de mise chez ce fou de la syntaxe, cet hurluberlu de Queneau.

Franck BORTELLE (Paris)


Réactions du public:

« Spectacle jouissif et pêchu, un vrai exercice de haute voltige bourré d'idées, d'allusions et de clins d'œil pas  toujours aussi surréalistes qu'on pourrait le penser. La mise en  scène exploite à merveille le fil conducteur télé et la culture du zapping. Les acteurs sont tous 3 formidables et maintiennent un  rythme époustouflant d'un bout à l'autre »
Daniel, fonctionnaire, 45 ans

Exercice de style
De Raymond Queneau
Spectacle conçu et interprété par Stéphanie Hédin, Jérémy Prévost, Julien Sibre et Yann de Monterno
Du mardi au samedi à 21h30
Du 16 juillet au 27 septembre 2008 au Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des champs, 75006 Paris. Métro : Notre-Dame des Champs
Réservations au 01 45 44 57 34
www.lucernaire.fr

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article