QUOI DE NEUF SOUS LA COUETTE ?
Judicieux mélange de comédie plutôt bien écrite et de spectacle musical, « Open bed », au chevet duquel se sont penchées quelques fées providentielles dont Charlotte de Turckheim à la mise en scène, est une vraie réussite. Peut-on encore briller d’originalité en ressassant des recettes éculées de couples qui se trompent, se chamaillent, se rabibochent sur fond d’amitié trahie par ces adultères ? Les dictionnaires de films regorgent de ce genre d’histoires d’amour qui finissent mal en général. Les scènes de Paris et d’ailleurs en ont vu défiler, des chassés croisés amoureux. Et pourtant…

Julien et Thomas sont les meilleurs amis du monde. Julien aime Alice mais la trompe avec Mélanie la copine de Thomas. Mélanie vient d’ailleurs de larguer Thomas pour vivre avec Julien qui n’arrive pas à casser avec Alice, excédée par cette couardise bien masculine. Nicolas, beau gosse et fornicateur de première se fait lourder par sa meuf et c’est Jennyfer, ravissante idiote, qui va l’attirer dans ses filets.
Gainsbourg, Gréco, Vian, les Rita… Persillé de situations très drôles, ce propos, où se retrouvent main dans la main Guitry et Marivaux, parvient à véritablement décoller grâce à l’idée géniale d’y avoir inséré de la musique. Cette musique qui ne se contente pas d’adoucir les mœurs plutôt dissolues des protagonistes mais qui installe un rythme trépidant et un zeste de folie à tout le spectacle. Gréco, les Rita Mitsouko, Serge Gainsbourg, Bardot, Boris Vian sont donc convoqués au pied de l’open bed, pour le meilleur et pour le rire mais aussi pour un charme envoûtant que distillent les comédiens aussi à l’aise dans le jeu que dans la danse. Mention spéciale accordée à Elisa Tovati, dont le verbe avait fait mouche en musique sur son très bel album « Débile menthol » et qui sait magnifiquement jouer de sa plastique sans trop en faire, avec un naturel confondant.
La mise en scène que signe Charlotte de Turckheim est parfaitement calibrée, lumineuse au sens propre (les jeux d’éclairage sont purement magiques), jouant de tous les accessoires d’un décor judicieusement conçu (un lit modulable en deux temps trois mouvements, un placard qui se transforme en podium pour des musiciens jouant en direct). Elle met en relief l’énergie communicative de ces six comédiens qui semblent vraiment prendre un plaisir fou à défendre ce texte drôle qu’a adapté pour eux l’impertinent Ruquier et qui joue habilement sur l’ambiguïté sexuelle qui nous habite tous sans pour autant sombrer dans le psychanalytique gonflant.
Comme quoi, un spectacle peut se situer en dessous de la ceinture sans jamais sombrer dans le sordide ou le graveleux. C’est ça, la classe !