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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Sauve qui peut, sauve qui peut (Marseille)

(DÉ)MYSTIFICATION

Le Théâtre des 3 Act à Marseille recevait du 21 au 24 février dernier la pièce de Maryse Kiss de la Compagnie des Gabianautes, Sauve qui peut, sauve qui peut. Une pièce humoristique aux rebondissements cocasses et aux allures satirico-burlesques…


Tout commence par un bruit de clé dans une serrure et l’on pénètre dans l’humble appartement parisien de Laurent. Une table de bois à gauche sur laquelle repose du whisky, de l’encens et des fleurs, au centre un vieux canapé et à droite une chaise accompagnée d’une table de chevet, sur le mur l’unique décoration est un tableau de Renoir. L’intérieur est sobre autant que les manières du jeune homme sont guindées.

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Ce soir là, Laurent accueille en son antre un SDF, Jacques, dont il a croisé le regard en rentrant chez lui. Mais Laurent, sous ses airs de bon samaritain à l’allure impeccable et aux déambulations maniaques, n’est pas en train de réaliser sa « BA » quotidienne, mais bien de servir ses propres intérêts. La veille – emporté par sa fierté et l’alcool d’une soirée trop arrosée - il a promis à sa fiancée, Marie-Laure, de faire le pèlerinage de Chartres à Saint-Jacques de Compostelle ; lui qui pourtant déteste marcher. Confronté à son propre dilemme, Laurent pense que Jacques pourrait – moyennant finance - prendre sa place sur le saint chemin tant détesté. Mais c’était sans compter l’arrivée impromptue de sa fiancée et la curiosité suivie du scepticisme de Jacques. Le SDF n’a pas l’habitude de recevoir d’aussi grosses sommes d’argent et guette le fin mot de l’histoire. Car Laurent n’a pas seulement horreur de marcher, il a surtout l’irrépressible envie de profiter de ces quelques jours pour partir aux Maldives avec son ex-copine (et maitresse) Lucie. Détail crucial qui confère à Jacques une supériorité stratégique.

S’enchainent alors les quiproquos et les situations embrouillées. Alors que le SDF jubile, Laurent s’enfonce dans son mensonge et se perd à son propre piège. Seule la bouteille de whisky lui offrira son réconfort, tandis que Jacques – remportant l’argent – exulte et se marie avec la mère du jeune homme. « Jacques ! » s’écrie alors Laurent en fuyant juste avant le baissé de rideau. Sauve qui peut, sauve qui peut…

De l’humour sur fond de satire


Derrière un abord comique, Maryse Kiss porte ici un regard audacieux sur la religion, les mœurs, les clichés et le dictat de l’argent. Les pratiques dogmatiques, parfois suivies de peu de convictions, sont montrées en coupables du mensonge et de la mauvaise foi des Hommes. Celui qui porte en lui tous les codes d’un honneur manifeste n’est finalement pas le plus honnête. Laurent symbolise de nombreux travers de la société où il semble bon de pouvoir tout acheter, même les Hommes. Une société où la preuve de la suprématie de l’argent n’est malheureusement plus à faire et où seul « Le rêve est encore la seule chose gratuite sur terre », comme le dit le SDF. Comme une douce façon de parler de ce qui blesse, le texte de Maryse Kiss est enlevé, chantant et porteur de sens.

Seule la mise en scène, trop lente au début, est à déplorer alors que la fin du spectacle, elle, est trop soudaine, comme une chute accélérée. On regrettera aussi le léger sur-jeu dans l’accent de la rue porté par le clochard et dans celui, aristocratique, employé par Laurent. Les oppositions de milieux sociaux et le tableau cocasse de l’ensemble suffisent amplement à porter le sens. Néanmoins le plaisir de jouer des comédiens est indéniable autant que la joie de l’auteure, l’ensemble est agréable et captivant… Rien ne le prouvant mieux d’ailleurs que les nombreux rires et l’enthousiasme emportant la salle. Le pari du rire et de la satire semble réussi, une jeune compagnie à suivre de près…

Muriel TANCREZ (Marseille)

Sauve qui peut, Sauve qui peut
Ecriture, conception, direction et scénographie : Maryse Kiss
Interprétation : Caroline Vidal, Fabien D’Orio, Ghislain Quesnel
Mise en scène : Caroline Vidal
Le Théâtre des 3 Act
48, ru Barbaroux
13001 Marseille
Billetterie : 04 91 42 51 20
www.les3act.com
les3act@yahoo.fr
Au théâtre des 3 Act du 21 au 24 février 2008

Photo © en attente de photos

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