VARIATIONS SUR MEYERHOLD
Dans le cadre de la 20ème édition du festival « La Alternativa », Eduardo Pavlovsky reprend Variaciones Meyerhold, qui tourne avec succès depuis quelques années (Buenos Aires 2005, Madrid 2006…). Dans ce spectacle, l’acteur argentin redonne vie au metteur en scène Vsevolod Meyerhold, exécuté en 1940 pour anticommunisme. Rien. Noir et silence. Un plateau nu duquel émerge progressivement une chaise, et sur cette chaise, un homme. Meyerhold. Invité en 1939 à participer au Premier Congrès des metteurs en scène, il s’attendait à être honoré pour avoir consacré sa vie au théâtre. Taxé d’anticommunisme, il ne reçut que critiques et condamnations. C’est sur cet épisode, emblématique de l’engagement subversif de l’artiste russe, que Pavlovsky choisit d’ouvrir son spectacle. Rien d’étonnant. Pour cet Argentin, la liberté de la création est loin d’être une évidence.
Elle passe, avec
Variaciones Meyerhold, par un retour aux fondamentaux du théâtre : "l’espace vide" cher à Brook, un homme qui joue, d’autres qui regardent.
L’homme qui joue, c’est Eduardo Pavlovsky. Acteur, auteur, metteur en scène et psychothérapeute, il est l’un des initiateurs du psychodrame en Amérique Latine. C’est avec talent, charisme et sensibilité qu’il interprète le rôle d’un autre homme de théâtre, Vsevolod Meyerhold.
Elève rebelle de Stanislavski, Meyerhold est le concepteur de la biomécanique –une méthode d’entraînement de l’acteur-, mais aussi un metteur en scène d’avant-garde. Ses principes esthétiques et idéologiques, très éloignés du réalisme socialiste, lui coûteront la vie. Le tragique nimbe le spectacle d’une ambiance angoissante qui pourtant n’exclut ni le rire, ni la surprise.
Le « quatrième créateur » Car ceux qui regardent profitent pleinement de la représentation, la parachèvent. La scénographie, des plus économes, en appelle au relais de l’imagination spectatrice. Nous croyons en l’imagination comme en une arme révolutionnaire affirme Meyerhold, et avec lui Pavlovsky.
Brièvement épaulé par Susana Evans et Eduardo Misch (qui interprètent respectivement la femme de Meyerhold et Maïakovski), le comédien irradie la scène de sa présence généreuse, de son implication physique et de son amour de la salle. L’Argentin rejoint le Russe. Tous deux partagent une même foi dans le public, une même volonté de lui offrir le théâtre exigeant qu’il mérite. Le virulent réquisitoire prononcé contre les programmes distribués avant chaque représentation est particulièrement savoureux. Pourquoi ne pas faire confiance au public ? Pourquoi lui imposer d’emblée une grille d’interprétation nécessairement sclérosante ? Il y a un quatrième créateur après l'auteur, après le comédien et le metteur en scène affirme Meyerhold. Ce créateur, c’est
"le spectateur, […] qui doit, par son imagination, poursuivre d'une façon créative les allusions présentées sur scène." Il serait dès lors paradoxal de tomber avec cet article dans le travers dénoncé par Meyerhold. Mieux vaut s’en remettre au silence. Et à l’imagination du spectateur. C’est à son tour d’enrichir ces variations…
Alexandra VON BOMHARD (Madrid).
Variaciones Meyerhold
Metteur en scène : Martín Pavlovsky
Assistant à la mise en scène : Eduardo Misch
Avec: Eduardo Pavlovsky, Susana Evans, Eduardo Misch.
Son: Martín Pavlovsky
Lumière : Leandra Rodríguez
Costumes : Maria Claudia Curetti
Sala Triangulo, les 25, 26 et 27 janvier 2008
c/ Zurita, 20, 28012 Madrid - Tel : 91 530 68 91 - www.teatrotriangulo.com