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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Les Larmes amères de Petra von Kant (Paris)


DUO CHIC ET DUELS CHOCS

Huis clos exclusivement féminin interprété par de jeunes comédiennes viscéralement habitées par leur rôle, cette nouvelle mise en scène que signe François Tardi de la pièce de Fassbinder, œuvre violente sur fonds d’amours déliquescentes et de soumission sociale, honore son auteur maudit tout en lui rendant le plus bel hommage.

Deux éléments du décor prennent une place prépondérante : un lit et un guéridon sur lequel trônent  des bouteilles d’alcool qui se vident à une cadence infernale. Le lit abritera plus un sommeil fracassé et le désespoir de Petra von Kant, styliste égoïste et tyrannique et parangon d’arrivisme, que ses amours utopiques à force d’être illusoires. L’alcool quant à lui, coulera pour mieux exacerber les haines et convulser les personnages dans une folie ravageuse. Petra tombe amoureuse de Karin que lui présente sa plus vieille amie. Devant Karin, elle n’est que passion à fleur de peau, à corps et à cri, esclave d’étreintes qui n’ont jamais vraiment lieu, oubliant jusqu’à la présence de son assistante Marlène, témoin muette et exutoire facile des colères homériques de sa patronne. Cette même haine qu’elle déploiera contre sa fille et sa mère.

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Le spectateur au coeur du drame

Cette dualité que suggère le décor est au cœur de la pièce de Fassbinder. Dualité sexuelle par l’absence d’hommes mais dont on ne cesse de parler en allant jusqu’à évoquer leurs attributs virils avec crudité comme pour mieux justifier des penchants saphiques parfois difficiles à avouer (à la mère par exemple). Dualité sociale qu’incarnent les rapports entre Petra et sa mère qu’elle entretient, les relations sauvagement ancillaires entre Marlène et Pétra. Dualité de sentiments bien sûr suggérée par un magma d’amour et de haine dans lequel s’engluent, se brûlent et se perdent les personnages.

Pièce véhémente et expressive, « Les Larmes de Petra von Kant », mécanique géniale qui conduit soit à la mort soit à la rédemption, n’épargne ni les personnages ni le spectateur, renvoyant ce dernier à son propre vécu. Ramassée sur un peu plus d’une heure et demie là où le film de Fassbinder durait plus de deux heures, elle se concentre sur les personnages dans une mise en scène qui non seulement respecte mais rend hommage à son auteur. Outre la présence dans la salle d’un élément du décor et les allées et venues des personnages dans la totalité du théâtre, manière habile d’immiscer plus encore le spectateur au cœur de ce drame claustrophobique, François Tardi insère dans sa mise en scène un téléviseur jouant le film de Fassbinder en version originale. Cet écho qui résonne de la présence de l’auteur maudit est du meilleur effet au milieu de ce spectacle que dominent six comédiennes viscéralement inspirées à commencer par Krystell Lebrun, éblouissante dans toutes les phases de ce personnage complexe et possédé.

Franck BORTELLE (Paris)

Les Larmes amères de Petra von Kant de Rainer Werner Fassbinder
Mise en scène : François Tardi et Anne-Laure Wagret

Avec Mathlide Aubert, Sylvette Bagnaud, Fanny Fillodeau, Krystell Lebrun, Irina Recoules, Anne-Laure Wagret
Théâtre Le Passage vers les étoiles, 17 cité Joly, 75011 Paris
Du 21 février au 8 mars 2008, tous les jeudis, vendredis et samedi à 19 heures
Réservations au 01.43.38.83.45
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D
Ausgezeichnet! Bravo!
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