Etait-ce la fois de trop ? Adapté plus d’une fois au théâtre, le roman de Reginald Rose, 12 hommes en colère, a inspiré plus d’un metteur en scène, avec succès. Eudes Drivet, créateur et directeur de la compagnie Candela, s’est essayé à l’adaptation théâtrale de ce grand classique de la littérature américaine. En dépit d’une mise en scène qui cherche l’originalité, le résultat peine à convaincre. Douze jurés décisionnaires de la condamnation à mort d’un jeune homme, accusé d’avoir tué son père d’un coup de couteau, souhaitent la disparition de cet enfant. Seul un juré est en faveur de son acquittement. Sous l’effet d’un plaidoyer persuasif, il réussira à convaincre les 11 autres de l’innocence du garçon.
Douze hommes en colère traite d’un sujet toujours d’actualité, qui soulève de lourdes questions sur la légitimité de la peine de mort et la conscience des hommes. Eudes Drivet, metteur en scène qui s’était illustré avec sa compagnie dans une interprétation originale et subtile du Malade imaginaire, a choisi de mettre en scène cette pièce dans le théâtre intimiste et exigu de la Comédie de la Passerelle, très adapté pour ce huis clos étouffant.
Dans une première scène chorégraphiée, musicale, ralentie, simulant le meurtre de la seule femme qui s’opposera aux autres jurés, l’atmosphère pesante de la pièce est plantée. La qualité de cette scène d’introduction est toutefois très vite renversée et oubliée par les propositions médiocres des comédiens. La troupe Candela, composée de dix comédiens plus ou moins jeunes, est très inégale. Hormis quelques uns qui tirent leur épingle du jeu, la plupart livre des interprétations peu crédibles voire agaçantes, gâchées par des gestes parasites. Certains en font trop, caricaturant grossièrement leurs personnages. D’autres, pas assez, restant en retrait, la voix timide et peu assurée. Le texte est davantage récité qu’intériorisé. D’où de nombreux accrochages, de langues qui fourchent et qui se heurtent aux mots, mal maîtrisés.
Un texte marginalisé La qualité et le sens du texte de Reginald Rose perdent en en relief dans cette interprétation faible, qui semble passer à côté de l’enjeu fondamental de la pièce. L’acheminement, normalement scandé par des coups de théâtre, des remises en question et des tensions fortes, tombe ici à plat. Il n’y a pas de surprise dans cette pièce prévisible qui escamote sa portée politique.
On retiendra toutefois le réalisme de l’étouffement des personnages. Chemises défaites, agitation croissante, bruit sonore de l’orage, présence d’un bidon à eau pour étancher une soif systématique, sont autant d’éléments qui marquent de manière significative le caractère intenable de cette situation. De quoi , en matière de colère, atténuer un peu la nôtre...
Cécile STROUK (Paris)
Douze hommes en colère
Texte : Reginald Rose
Interprétation : Christophe Juin, Eve-Martine Poncelet, Gwendal Guégan, Malaïka Fretille, Daniel Saraiva, Pascale Smolski, Babette Grondin, Ophélie Sauger, Dominique Contestin, Mathieu Gary
Mise en scène : Eudes Drivet
Au théâtre La Comédie de la Passerelle, à Paris le mercredi et jeudi à 20h30, du 12 au 28 février 2008.