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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Dju, que la vie est chiante (Namur / Belgique)

QUAND UN MARTEAU EVITE UN OEUF

Charlie Degotte débraye sur du rien et du belge. Avec «Dju», cinq comédiens sur canapé et un lapin au tambour.


Après «L’Européenne», Charlie Degotte, l’authentique surréaliste belge de nos scènes, pousse le cri wallon, «Dju», et déploie son imaginaire sur fond de crise belge. Sous-titré «Que la vie est chiante», il nous balance un enchaîné fluide de scènes farfelues, un cadavre exquis, comme un hymne à la connerie où Degotte a décidé de battre le record du monde du «rien» selon la théorie de l’«Acteur vide» !

degote-namur.JPG
Du «Rien» face au public: ni mots, ni geste, ni action, ni histoire ? L’art du faussement vide tient d’une savante partition de gags, rythmée par le lapin «Duracell» grandeur nature. Ainsi, au centre du spectacle, un canapé sur laquelle s’entassent cinq comédiens, en peignoir de boxeur pimpant. Eux, ils vont entrer et sortir, au pas de course, recommencer l’acte manqué, celui de la fermer. Effectivement, la concentration est à chaque fois un échec, l’une déboule sa liste d’emplettes, l’autre lâche un pet enfumé, un autre a un coup de foudre hystérique pour un œuf, un autre, la vessie qui presse… «Dju, que la vie est chiante».

De l’absurde et du politique

Puis vient, sur le ton de l’accusation, la litanie comique du patrimoine belge avec ses «t’as pas été… aux grottes de Remouchant? Au musée de la mine de Marcinelle? A la Citadelle de Namur? Au Zoo d’Anvers?...  Et t’as pas vu des parlementaires au parlement?… Et t’as pas lu la Constitution!». Alors, avec un ricanement croissant, ces monstres rappellent les premiers articles de notre Constitution, nous renvoyant férocement à la subdivision du pays comme un imbroglio de communautés, régions avant que ne tombe sur scène un immense étron pour les 152 jours de crise, car «on l’a quand même un peu cherché».
Lent au démarrage mais festif plus d’une heure durant, «Dju», avec sa mécanique de l’éternel recommencement, évite d’abord un écueil de taille, celui de lasser et de raser son public. Au contraire, les entrées et sorties ponctuent efficacement la série de scènes de ménage entre les cinq compères, drôlement entassés sur un simple canapé. Autre prouesse: cette contrainte pour les interprètes qui, assis le plus souvent, jouent avec brio, d’expressions turbulentes, de grimaces truculentes et d’accents locaux. Il faut les voir, ces jeunes comédiens, Ariane Rousseau, Jean-François Breuer, Francesco Italiano, Aurelio Mergola et Fabrice Murgia, porter en chœur le spectacle, donnant du corps et du coffre à cette partition folle et iconoclaste où des apparitions surréalistes traversent la pièce : un poisson qui nage dans l’air, d’énormes tartines larguées sur terre et Shakespeare qui envoie «Macbeth»!
Ne vous étonnez pas non plus, qu’un rap à la Beasties Boys se transforme en un chant baroque, ou encore, dans un instant de poésie éphémère, qu’un marteau évite un œuf… Charlie Degotte est en forme!
Nurten AKA (Namur)

Dju, que la vie est chiante
Au Théâtre Royal de Namur, jusqu’au 21 novembre, 081/22.60.26.
www.theatredenamur.be

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