AUTOPSIE D’UN COUPLE EN PERDITION
Deux ans après la mise en scène d’Annick Blancheteau, L’Autre revient sur les planches. Cette fois-ci, le metteur en scène n’est autre que Florian Zeller, l’auteur de la pièce. Et pour cette saison, il est accompagné de trois jeunes comédiens de talent. Le résumé de l’histoire pourrait tenir en quelques mots. Comme dans un vaudeville, on retrouve un mari trompé, une femme adultère et un amant. Bien sûr, on peut se dire que cela sent le déjà-vu. Sauf qu’ici, on est bien loin du vaudeville. Ici tout n’est que subtilité. L’important n’est pas de savoir quand ni comment sera découverte la tromperie. Mais de s’interroger sur le temps qui passe, sur ce quotidien qui érode l’amour malgré toutes les précautions des amants, sur cette angoisse universelle de voir un jour l’amour s’étioler, puis s’échapper.
Dans un décor noir minimaliste, ils sont trois comédiens à se croiser. Pour sa première fois au théâtre, Sara Forestier joue à merveille une jeune femme un peu superficielle, mariée à un homme qu’elle aime de moins en moins. Son mari (Stanislas Merhar) se doute du manège de sa compagne. Ecrivain raté, il s’ennuie toute la journée et ne pense qu’à elle qu’il étouffe d’amour bien qu’il ne supporte plus ses défauts. L’Autre raconte l’histoire d’un couple qui ne voulait pas que « l’amour s’use », qui ne voulait pas « ressembler à ceux qui mangent en silence ». Mais qui, finalement, n’a rien su faire contre le temps et qui se retrouve à flirter entre amour et haine. Et puis, il y a l’autre : Aurélien Wiik. L’amant faussement indifférent qui ne rêve que de voir sa maîtresse devenir sa femme. Une ombre sur le tableau, qui ne cesse de s’agrandir. Sa présence est-elle réelle, fantasmée ou seulement redoutée ? Mystère…
Un puzzle à reconstituer Dans ce chassé-croisé de scènes passées, présentes et futures, on a parfois l’impression de se perdre. Loin d’être désagréable, ce sentiment renvoie à la complexité de la vie. Labyrinthe de l’amour, confusion des sentiments, la réalité n’est jamais simple. Pour parvenir à la percer, il faut reconstruire le puzzle et patienter jusqu’à la fin pour obtenir la dernière pièce.
Au-delà du jeu, L’Autre est aussi une pièce qui s’écoute. Le texte ciselé, précis voire parfois compliqué, semble témoigner de cette difficulté de communiquer que deux personnes, même les plus proches qui soient, peuvent rencontrer.
Avec sa voix rauque et sensuelle, Aurélien Wiik est captivant. Mi-ange, mi-démon, son personnage est auréolé d’une brume mystérieuse. Stanislas Merhar, dans le rôle du mari maniaco-dépressif, parvient à passer de la haine à l’amour avec adresse. Quant à la prometteuse Sara Forestier, elle réussit avec bien du charme et bien du talent ses débuts sur les planches.
Juliette CELLO (Paris)
Texte et mise en scène de Florian Zeller
Assisté de Thibault Ameline
Avec Sara Forestier, Stanislas Merhar, Aurélien Wiik
Scénographie : Antoine Malaquias
Costumes : Marylène Gars-Chambas
Lumières : Laurent Béal
Musique de Christophe
vidéo d'Anthony Duguet
Réservation par tél. : 01 53 23 99 19
www.comediedeschampselysees.com
Au Studio des Champs-Élysées
Jusqu’au 31 décembre 2007
Du mardi au samedi à 21h
Matinée les samedi et dimanche à 16h30
Photo © DR