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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Presque trop sérieux (Paris)

DOUCE ENFANCE

Supposons que notre enfance ne soit pas enfouie au plus profond de notre âme et supposons encore qu’elle se soit construite sa propre existence au fil des années, au fil de nos années, quelque part entre nostalgie et bienveillance. Cette enfance là, l’auteur Damien Luce l’a déposée sur scène, curieux de nous la faire découvrir.


Solange et Pierre, deux amis d’enfance, partagent une chambre pour l’éternité. L’ultime rendez-vous est pour aujourd’hui. De l’autre côté du miroir, leurs vieux doubles s’endorment pour la dernière fois. En attendant que, de l’autre côté, finisse leur vie d’adulte, Pierre et Solange passent le temps. Pierrot joue seul aux échecs, pianote entre deux souvenirs, Solange lit, dessine, danse. Ils évoquent leur passé commun : leur rencontre, leur enfance qu’ils ont respirée d’un même souffle. La nuit passe. Pierre et Solange parlent de leur mère, de leur père, de leurs jeux. Ils comptent leurs souvenirs comme l’on passe en revue ses petits soldats.

A travers ses deux personnages, Damien Luce a fait le choix de l’enfance innocence. Celle que l’on a ponctuée de jeux candides et de folles rêveries à travers notre intemporalité d’enfant. Solange, mutine et naïve cultive l’enthousiasme et la bonne humeur des jours ensoleillés. Elle croit aux contes de fées, aux souris familières des dents de lait cachées sous l’oreiller et au marchand de sable surgissant à la tombée de la nuit. Plus mélancolique, Pierrot singe le monde des adultes, regrettant amèrement la transformation inéluctable de l’enfant à l’âge mûr. Car l’évocation du monde des adultes par ce personnage ressemble à cette boîte de Pandore d’où s’échappe tous les maux de la terre : cynisme, soucis, travail, frustration, éternelle course contre la montre, abandon de ses propres rêves.

Et si ce jeune auteur est vraisemblablement atteint du syndrome de Peter Pan, la façon tendre et passionnée dont il parle de ce paradis perdu rend ses personnages attachants. La simplicité du texte, sans que jamais le discours paraisse simpliste, est rendue habilement par la jeune comédienne Marie Anaf ; et si parfois le rythme, appesanti par la nostalgie et les bons sentiments nous impatiente, les intermèdes musicaux joués au piano par le comédien redonnent du souffle à la pièce. Le décor, inspiré de nos chambres d’enfant, fait office de cocon pour Solange et Pierrot et les effets de lumière soulignent (à regret) le temps qui passe.

« Le bonheur est un rêve d’enfant réalisé dans l’âge adulte », a dit Sigmund. Alors sommes-nous devenus "presque trop sérieux" ?

                                                                                                                                      Priscilla GUSTAVE-PERRON (Paris)

Presque trop sérieux
Ecrit et mis en scène par D. Luce
Avec Marie Anaf et Damien Luce

Sudden Théâtre
14 bis, rue Sainte Isaure 75018 Paris
Réservations : 01 42 62 35 00
Tarifs : 24 euros (Tarif réduit : 17 ou 12 euros)

Du 7 au 25 novembre 2007
Du mercredi au dimanche à 21 heures


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