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Le Magazine du Théâtre européen et en Europe - Le Quotidien du Festival d'Avignon In et Off depuis 2003.

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Othello (Tours)

IAGO FOR EVER…

L’esthétique et le geste au service du texte, les ombres en bandoulière et les noirceurs de l’âme en tréfonds, la création de Gilles Bouillon fait d’Othello une pièce plus que jamais intemporelle. D’une beauté qui n’a d’égale que la cruauté du monde contemporain.


Un immense lit rouge traverse la scène. Lit de la passion, lit de l’intrigue amoureuse, lit de l’intrigue politique. Siège de toutes les jalousies. Un immense lit rouge, qui, au fil de l’histoire, se transformera en radeau, ring, place de garde Pour finir en linceul. Un décor polymorphe qui donne au spectacle une ligne esthétique pure et belle. Esthétique reprise à la fois par les costumes et les créations lumières. Et l’ensemble inonde d’une aura irréelle le jeu des comédiens. Le résultat est indéniablement à la hauteur des ambitions.

Othello----Petit.jpg
Sur scène, les affres de la jalousie et les subtilités de la manipulation que Shakespeare met en mots rebondissent sur les éléments de décor et les moyens techniques laissés visibles. Comme pour permettre au public de mieux autopsier les mécanismes de l’illusion. Le tout sans ostentation. De manière à permettre au public de voir, ou ne pas voir, selon son envie. Et de laisser la part belle à l’éternel drame de la jalousie, ce poison sournois qui dévore les âmes. Et ne touche pas que le sentiment amoureux.

Des sentiments que les douze comédiens mettent particulièrement bien en vie. De la félicité amoureuse de la blanche Desdémone (Emmanuelle Wion) aux manipulations vengeresses du sombre Iago (Christophe Brault) en passant par les doutes d’Othello (Babacar M’Baye Fall), la palette des sentiments est presque aussi grande que celle de leur jeu. Mais si les comédiens jouent tous parfaitement bien (même si l’on regrette les quelques bafouillages de Babacar M’Baye Fall), Christophe Brault semble au dessus du lot. Il campe un Iago si vil, si goguenard et si naturel que l’on ne peut pas le détester tout à fait. Tout jaloux et manipulateur qu’il soit, se délectant avec un contentement jouissif de ses trahisons, le comédien donne à Iago une dimension de baroudeur presque sympathique. Et le voir évoluer sur scène est un plaisir de chaque instant.

Un Othello contemporain

Drame de la jalousie, de l’envie, du pouvoir et de la vengeance, Othello se vêt ici d’une cape de modernité qui n’enlève rien à la qualité initiale du texte de Shakespeare. La traduction d’André Markowicz donne au texte une dimension contemporaine lui permettant de souligner l’infinie actualité du propos. S’ajoutent les choix de mise en scène (Gilles Bouillon), de costumes, de décor, de musique et de lumières. Tous concourant à donner un souffle nouveau et diablement puissant à la création. Sans pour autant sacrifier l’œuvre originale sur un quelconque autel de la modernité. Rien n’est fait au hasard, rien n’est fait inutilement. Les lumières, au-delà de leur esthétique, sculptent le temps et le décor pour souligner l’intensité d’une scène ou l’intimité d’une autre. Et le fil de l’histoire s’insinue dans ce lit grand ouvert, tel un torrent, inexorablement vers la fatale issue.

Au-delà de l’esthétique des décors, lumières et costumes, au-delà de la qualité de la mise en scène et du jeu des comédiens, ce spectacle présente l’incommensurable avantage de permettre aux néophytes comme aux inconditionnels de Shakespeare de se retrouver et d’apprécier, près de trois heures durant, une œuvre à (re)découvrir absolument. 
Karine PROST (Tours)

Othello, de William Shakespeare, traduciton nouvelle de André Markowicz
Mise en scène Gilles Bouillon ; Costumes Marc Anselmi ; Lumière Michel Theuil ; Musique Alain Bruel
Avec : Babacar M’Baye Fall ; Christophe Brault ; Emmanuelle Wion ; Alain Payen ; Xavier Guittet ; Alice Benoit ; Mathilde Martineau ; Marik Renner ; Samuel Bodin ; Solal Bouloudnine ; Gaëtan Guérin ;  Bertand Fieret

Création au Centre Dramatique Régional de Tours, jusqu’au 26 octobre 2007
à 20h sauf lundi et jeudi à 19h, relâche samedi et dimanche
7 rue de Lucé – 37000 Tours
Tél : 02 47 64 50 50

Théâtre de la Tempête – Cartoucherie de Vincennes
du mardi 13 novembre au dimanche 16 décembre 2007 - du mardi au samedi à 20h – dimanche 16h
Tarifs : 18, 13 et 10 € (mercredi tarif unique : 10 €)
Tél. : 01 43 28 36 36

Photo © répétition – crédit photographique François Berthon
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K
merci pour ce commentaire et le compliment qui va avec !KP
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T
BRAVO! Tout d'abord à Shakespeare,magnifique auteur, dont la pièce (Othello) est plus que jamais d'actualité.Rien n' a vieilli. La cruauté et la perfidie de la nature humaine traverseront allègrement les siècles!...Bien malheureusement! Et puis, bravo à Gilles Bouillon et à Bernard Pico ( le dramaturge), ainsi qu'à tous les acteurs de la compagnie qui nous ont donné à voir un spectacle vivant, débordant d'énergie ou l'on ne s'ennuie pas une seule seconde. ( bien au contraire!). Bravo également à Karine PROST pour la qualité de sa critique: c'est clair,limpide et pertinent. C'est exactement ce que j'ai ressenti au cours de tout le spectacle. J'adhère totalement au propos de la critique.
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